Compression : un avantage ou pas ?

Les bas de contention de nos grands-mères ont des effets positifs bien connus chez les personnes dont le retour veineux des membres inférieurs est déficient. Mais pour les sportifs, et plus précisément pour les coureurs et (surtout) triathlètes, y a-t-il un impact sur les performances ?

Différentes études de revues de physiologie de l’exercice ont montré les limites  des « compression gears » sur les performances, que ce soit en course à pied ou en vélo. Cette fois-ci, c’est une revue médicale spécialisée dans les pathologies veineuses qui s’est attelée à la tâche (article ici).

Comment ? Des athlètes confirmés (mais pas des élites non plus) ont couru plusieurs fois 45 minutes, à différents niveaux de compression, à 70% de leur vitesse à VO2max (en sous-maximal) tandis que leurs paramètres cardiorespiratoires et sanguins étaient enregistrés.

Résultats : différence entre ‘with compression’ et ‘without compression’ ? Fréquence cardiaque ? Non. Débit cardiaque ? Rien. Oxygénation des tissus ? Que dalle. Lactate ? Le désert. VO2 ?Pfffff. Etc, etc.

Conclusion. La compression comme performance-booster, c’est du vent.

Mais c’est un marché plutôt juteux. De nombreuses marques l’ont compris (BV Sport, Compressport, Ekoi, Sigvaris,… et même Décathlon…) et nous abreuvent d’études « maisons » (voire bidons) pour dégraisser le portefeuille du triathlète.

Pour les tatillons, on pourrait émettre quelques remarques. Par exemple, n’y aurait-il pas un effet de la compression sur des efforts de longues durées ? (par exemple, un marathon après 6~7 heures de natation/vélo, et pas sur 45 minutes comme dans le protocole). A voir. S’il ne se passe rien sur 45 minutes, difficile d’imaginer un effet sur du plus long terme, à moins de pallier une (très) hypothétique et improbable baisse du retour veineux après de longues heures d’effort ? De plus, on sait que les contractions musculaires à répétitions durant la course à pied agissent déjà comme de la compression et favorise ce retour veineux (pas comme mamie qui reste assise toute la journée).

« Oui, mais je me sens léger et bien avec mes manchons de compressions ! ». C’est du psycho, rien d’autre. Mais tu as raison de les porter si ça te fait du bien.

En revanche, pour ne pas non plus tirer sur l’ambulance, une toute récente étude (ici) a pointé des effets bénéfiques de la compression en récupération post-marathon, chez des coureurs qui revenaient plus vite à leur meilleur niveau en portant des manchons. Mais c’est un effet de récupération, pas d’amélioration de performances…

11 commentaires
  1. Ayant des manchons type ‘booster’ ce qui est surprenant c’est que le lendemain de séance type VMA réalisée sur piste, je ressens bien une différence dans les mollets, quand cette séance a été réalisée avec ou sans manchon.
    Par contre dans l’effort, il y a une juste une sensation agréable des manchons. Aucun changement au niveau du chrono ou du cardio.

    Et ayant des chaussettes pour la récup, là, personnellement, je n’y vois aucun intérêt.

    Mais bon tout ça n’est que mon ressenti, sans suivre aucun protocole.

    Donc, pour les compétitions je porte les manchons pour le côté agréable et pour le fait de pouvoir ôter la combi néoprène plus facilement.
    Par contre, si la natation est sans combi je ne porterai pas les manchons

  2. Question canadienne (québécoise) : On a tu le droit oui ou non de porter des bas de compression sous sa wetsuit ? Et si on n a pas droit a la wet, on a tu le droit de nager avec ? (temps pour les enfiler dans la zone de transition)

  3. Pour avoir demandé à plusieurs spécialistes (cardiologues, chirurgiens vasculaires, médecins du sport notamment) il s’avère effectivement que ces manchons n’augmentent pas la performances en elle même. Sinon, tout le monde en porterait 😉
    En revanche, l’effet sur le retour veineux des chaussettes (qui prennent le pied et le mollet) voir des bas entiers (pieds, mollet et cuisse) est démontré même chez le sportif. Cela permet une augmentation du retour veineux et donc une élimination plus rapide des toxines accumulées.
    Un cardiologue m’a même dit:  » pour les manchons, tu prends un tissu un peu élastique, tu le serre bien autour de ton mollet et ça fait le même effet ». Il en est de même pour les maillots et manchettes de compression… l’intérêt médical n’est pas démontré, loin de là! En revanche le côté marketing…. 😉
    Après, comme beaucoup le disent, si cela permet à l’athlète de se sentir bien et l’aide d’une quelconque manière, alors pourquoi ne pas en prendre.. Mais ce n’est pas un produit miracle 😉 😉

  4. Perso, j’ai seulement essayer les bas de compression à l’exercice. Résultat : avec les bas (2XU) j’ai des crampes/pincements dans les mollets à la course à pied (après 30-45 minutes de course). Pour avoir fait le test 2-3 fois, j’arrête, je descends le bas à la cheville, je repars et l’inconfort disparait…

    1. Pour rappel, l’article cité, très intéressant, est sponsorisé par une marque d’équipement de compression. Les esprits pervers pourraient soupçonner que ses conclusions soient ainsi un peu « orientées »…
      Cependant, il rappelle notamment, comme cité dans l’article Trimes, les vertus bénéfiques de la compression dans la récupération (et dans une certaine mesure la prévention de blessures), et a l’honnêteté de rappeler les effets discutables de la compression sur la performance. D’autres articles de recherche parues dans MSSE (Medicine & Science in Sports & Exercise), la plus prestigieuse revue indépendante de physiologie de l’exercice, posent aussi cette même question:
      – Physiological Responses of Ionised and Non-ionised Compression Garments to Sprint and Endurance Cycling : pas d’effet sur la performance.
      – The Effects of Compression Socks on Running Economy Following a Cycle-Run Transition : aucune influence sur l’économie de course, donc sur la performance.
      – Lower leg compression sleeves: influence on running mechanics And economy in highly trained distance runners: aucun effet sur la performance.
      – The Effect Of Graded Compression Socks On Maximal Exercise Capacity And Recovery In Runners: pas d’effet sur la performance.
      -…
      Sans compter les études parues dans d’autres revues.

      D’ailleurs, le terrain apporte aussi une preuve : à part les athlètes sponsorisés en tri et en marathon, qui sont les pros qui portent des chaussettes de compression pendant les courses ?