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La chronic’ de Xa’ > Les « quatre » mousquetaires.

La chronic’ de Xa’ > Les « quatre » mousquetaires.

Un jeune homme remonte en courant le long d’un chemin en bordure d’une forêt. Il progresse à une vitesse folle avec le sourire aux lèvres. En passant devant moi, il tape dans ma main et prend le temps de demander si ses camarades peuvent l’accompagner sur la ligne d’arrivée, puis disparait au détour d’un virage. Il n’y a personne derrière lui, il va pouvoir savourer son dernier kilomètre… Pendant que je retourne vers la ligne d’arrivée pour immortaliser tout ça avec mon appareil photo, l’émotion me submerge et je fonds en larmes… C’est pas plus mal comme ça en fait : au moins, je suis dans mon coin et personne ne me voit.

Non, ce ne sont pas les championnats du monde ou les Jeux olympiques, ce sont juste les championnats de France scolaire… Et pourtant, la saveur de ce que je vis au bord du magnifique lac de Vouglans n’a pas d’équivalent…

À quoi pense Krilan au même moment ? À quoi pense ce garçon formidable à quelques minutes de boucler sa course et avec elle, trois années d’aventures aux quatre coins de la France sur les épreuves UNSS en bike and run, en raid, en cross, en duathlon et j’en passe ?

Je ne sais pas, mais je l’envie, comme j’envie Corentin, Constance et Blandine… Les trois autres mousquetaires de mon petit lycée qui ont permis à notre D’Artagnan de porter le coup de grâce à nos adversaires.

Ces quatre jeunes ont-ils pleinement conscience de l’exemple qu’ils représentent pour leurs camarades. Pour « ceux d’après » qui ont courus plus tôt ce matin sur le duathlon et qui ont eu le privilège de voir leurs ainés triompher ? Peut-être en définitive…  Et c’est pour cela qu’ils mettent un point d’honneur à se comporter en tant que tel avant, pendant et après la course comme à l’entraînement  tous les jours :  en référent.

Certaines courses sont spéciales. La victoire peut avoir une saveur si particulière… Question d’environnement et de contexte…  question de timing… affaire de personnes… Il y a des moments où vous voudriez que le temps se suspende un peu, que tout ralentisse enfin pour pouvoir profiter. Mais c’est impossible et le petit va trop vite…  Je le vois déjà sortir là haut dans les arbres à grandes enjambées. Il est fou, il ne sait pas ralentir, même avec deux minutes d’avance et dans un chemin jonché de racines. Ce n’est pas très prudent, il risque de se blesser…  Pourtant, Fabien mon collègue et ami, continue à lui crier d’accélérer, à l’exhorter d’aller plus vite… Pour la beauté du sport… Pour le fun aussi et parce qu’il sait que notre petit lutin n’aime que ça : être trop raisonnable !

Ça n’a pas grand intérêt dans de telles circonstances de raconter une course dans ses détails. C’est presque inutile et pourtant il y aurait tant à dire sur la maîtrise de Corentin pendant le 1er relai pour nous placer à l’avant de la meute, le courage de Blandine qui va creuser l’écart alors que la veille, elle avait passé l’après-midi et la soirée aux urgences après une mauvaise chute pendant la reconnaissance du parcours VTT, la folle remontée de Constance sur nos adversaires rémois lors de la partie VTT de son relai… Constance la nageuse, qui savait à peine passer les vitesses sur un vélo il y a un peu plus d’un an et qui au milieu des racines et dans une pente à 10% va pourtant terrasser son adversaire directe justement sur deux roues… Pour sa dernière, Krilan, lui, fera sans doute paradoxalement la course « la plus aisée » de sa scolarité à Marie Curie en prenant son relai avec 45 secondes d’avance… Nous l’avions placé en dernier en nous disant que sa force pourrait peut-être nous permettre de revenir pour l’emporter. Raté ce coup-ci, nous avions mal calculé, mais notre dernier relayer s’en moque bien et va, sans réfléchir, claquer le meilleur chrono du jour quand même ! La force de cette équipe, c’était sa cohésion. Son talent, c’était qu’ils avaient envie de se faire plaisir et de nous faire plaisir… Alors égoïstement, oui, pour une fois, cette victoire, je l’ai prise un peu pour moi…

Voilà, c’est presque fini, j’aperçois Laurent au loin, il a un grand sourire aux lèvres et me félicite d’un large geste de la main. Laurent c’est le prof d’EPS de Liévin, ses élèves, ne feront « que » troisième aujourd’hui, mais il semble aussi content que moi de la victoire de mon équipe… Il faut dire que les petits gars du « ch’nord » nous ont aussi battus quelques fois ces dernières années, à la régulière… Ce coup-ci, c’était pour nous, il me dira plus tard qu’il le sentait… avec tout le fairplay qui est le sien… Il me confiera aussi dans un client d’oeil que l’an prochain, son  équipe sera sans doute plus forte… Et je le crois volontiers, alors à bientôt pour de nouvelles batailles, elles vont nous rendre encore meilleurs et elles vont sceller encore un peu plus forte notre amitié…

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En regardant autour de moi je vois beaucoup de sourires, des gens que je connais et d’autres moins ou pas du tout. Je suis heureux de voir que nos élèves ont fait « plaisir à voir » aujourd’hui.  C’est le plus important… J’ai eu moi aussi tellement de plaisir à regarder toutes ces courses, pas seulement mes élèves… Je suis définitivement fan des épreuves UNSS… Des épreuves simples,  à taille humaine, sans frime et sans artifice…  Aussi, j’ai pris mon pied en voyant un peu plus tôt la bagarre entre Besançon et mes amis de Vanves sur le duathlon… alors, dans le désordre et sans préférence aucune, bravo à Juliette, Tania, Agathe, Marin, Clément, Florent, Constance, Alexandre… Vous êtes formidables… Et parce que je suis un peu égocentrique quand même, bravo à Théo, mon petit duathlète / rugbyman, pour ton sprint, certes, sans grands enjeux cette fois-ci, mais c’était le plus beau finish de la journée… (et Rémi de Lunel… si tu me lis. Félicitations !)

Je suis en face de la banderole d’arrivée, Krilan arrive, il est seul, on ne nous a pas autorisé une arrivée collective. Ce n’est pas grave, il a le plus beau des sourires notre futur vétérinaire au moment de passer la ligne. Il tombe dans mes bras, je crois que c’est la 1ere fois que ça arrive, mais je tiens le coup, j’ai déjà vidé une partie de mon réservoir d’émotions il y a quelques minutes…

Merci et bonne route…

« Si le sport a des vertus, ces vertus s’enseignent… ». Maurice Baquet.

ventouxman

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Xavier Garcin

Xavier Garcin

Prof d'EPS, entraîneur et coach de Versailles triathlon. Xavier est un touche à tout sportif passionné d'histoire et sociologie. Baigné par le triathlon depuis sa jeunesse étant né et ayant grandi à Embrun, il cherche à analyser et en décrypter les enjeux.