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Olivier Lyoen se fait trimer > De champion de France junior à Kona pour le plaisir et l’exemple.

Olivier Lyoen se fait trimer > De champion de France junior à Kona pour le plaisir et l’exemple.

On dit fréquemment que le triathlon a la mémoire courte, si des talents émergent, ils peuvent aussi disparaitre aussi tôt. À Kona, on a fait la rencontre d’Olivier Lyoen. Si pour nous, on découvrait la place, pour lui, c’était un retour à Hawaii après une longue absence dans le sport triple. Chez Trimes.org, on continue à se questionner sur notre recherche perpétuelle pour être toujours plus performant, Olivier Lyoen nous rappelle justement que cela reste un jeu…


Malgré ton titre de champion de France junior, tu passes rapidement à la longue distance… l’ITU et son milieu ne t’a jamais fait rêver?

Si, mais, j’ai découvert le triathlon à l’âge de 14 ans devant la TV avec l’Ironman d’Hawaii 1995.

J’ai abandonné le cyclisme avec des rêves de défi dans le triathlon, j’ai parcouru les étapes pour arriver en 2000 au pôle France de triathlon à Boulouris avec des rêves de JO, mais rapidement mon niveau en natation et mes blessures répétées aux genoux et aux tendons d’Achille m’ont empêché de poursuivre.

De retour chez moi, dans le nord de la France, j’ai repris avec comme motivation l’Ironman.

As-tu l’impression que tu t’étais perdu dans la compétition? La peur de ne pas répondre aux attentes d’un système? 

Oui ,je n’ai pas bien vécu cette période. Grosse frustration.

J’avais de bonnes qualités qui me laissaient espérer, mais un gros manque de maturité physique et peut-être trop peu d’années de pratique derrière moi.

Côtés blessures ,je pense sincèrement que si l’équipe HOKA One One (support, esprit d’équipe) avait existé à cette époque, j’aurais pu aller plus loin, cela reste néanmoins une grande fierté d’avoir pu partager des moments avec des Fred Belaubre, Sylvain Sudrie, David Hauss et j’en passe…

Lorsque j’ai quitté le pôle, j’ai pensé abandonner, mais mes rêves d’enfance de devenir un Ironman ont vite pris le dessus.

Et cela se réalisera, tu deviens rapidement un habitué à Kona. Après trois tentatives, tu gagneras le titre mondial en 18-24 ans. À cette époque comment as-tu vécu cette expérience?

Participer et finir Hawaii c’était un rêve de gosse. Sans penser à faire une perf, je voulais sortir la course à mon niveau/potentiel. Je n’ai pas cherché à médiatiser ce résultat, c’était surtout une grosse satisfaction personnelle de rejoindre les 2 seuls qui y étaient parvenus avant moi soit Didier Curtet en 1996 et Yves Tabarant en 2004.

De plus, les âges groupes n’avaient pas bonne presse au sein des élites français à l’époque et les anciens élites qui réussissaient après un retour en amateur non plus!

Après avoir réalisé mon rêve hawaïen, je suis passé PRO surtout parce que j’avais le sentiment de pouvoir faire le mériter. J’avais aussi remporté le titre mondial Powerman (AG) à Zofingen. 

D’ailleurs l’internet n’était pas aussi populaire à cette époque, est-ce que la communauté en parlait parce que cela vient toucher le fameux débat de l’athlète qui passe à l’ironman trop jeune… 

Oui, en France on parlait d’un « plan de carrière » qui t’amenait à faire un Ironman à 30-35ans, mais je suis frontalier et en Belgique ou Allemagne les fédérations étaient beaucoup moins présentes que La FFTri, cela, je pense, laissait plus facilement naître des vocations vers la longue distance .

Ces autres fédérations médiatisaient déjà beaucoup plus l’Ironman que la France, encore aujourd’hui, on peut regretter l’absence de soutient auprès  élites français pour l’Ironman et cela se ressent dans les résultats là-bas.

Et ton expérience pro?

L’histoire se répète un peu, je veux bien faire, je m’entraîne beaucoup, mon travail ne me permet de préparer que 2 courses par an, alors il suffit d’un peu de malchance ou d’une blessure pour que la saison soit très vite pourrie.

Je réalise 2 tops 10sur Ironman, mais au regard de mon investissement personnel et des séances que je peux produire à l’entraînement c’est clairement insuffisant.

En 2009 tu décides de tout arrêter. Sachant que le triathlon peut s’avérer très contraignant, quitter le sport peut être considéré comme une liberté retrouvée… 

J’allais déposer mon gamin de 2 ans à la nourrice pour rouler 5 heures sous la pluie 5 fois par semaine. Je passais à côté de l’essentiel. Alors même si cela a été très dur d’arrêter, c’était le bon choix. Et puis, j’ai trouvé des moyens pour me défouler ailleurs.

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Et comme beaucoup de triathlètes, tu découvres le trail…

Oui, le trail, mais aussi le long à pied, en termes d’organisation c’était super pour moi. J’allais courir à 6h ou même 5h du matin puis j’étais calmé pour la journée. Et encore une fois, il y a de belles épreuves à courir, on retrouve le défi et l’espoir de réussir sa course .

Alors, qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce retour en Ironman?

Je me suis rendu sur des triathlons avec mon fils pour encourager des amis que je conseille un peu. Il était en admiration devant eux, j’ai eu beau lui raconter mes anciennes gloires, il ne se les imaginait pas, quand je lui ai proposé de reprendre, il était enthousiaste par le projet, alors voilà le point de départ!

Je termine 11e au scratch et premier chez les 30-34 des championnats de France LD 6 mois plus tard, euphorique, à l’arrivée, je lui ai promis de l’emmener à Hawaii.

Mais, même si tu as fait un retour dans le monde des compétitifs, ta vision sur le sport est presque à part… S’investir, mais sans tout sacrifier?

Oui je n’ai déjà plus le même temps à y consacrer. Je fais très attention à prendre du plaisir sur chacun de mes entraînements et pour cela je peux compter sur une bonne bande de copains, lorsque je n’ai pas l’envie, je n’y vais pas ou je rentre prématurément. Aucune contrainte!

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Évidemment, après 10 ans absence, tu as du trouver Kona très différent non? Voir très commercial…

J’ai été particulièrement heureux de rendre compte que les  façades, rues et environnements, enfin tout est resté  intact! Pour le côté commercial, je trouve top que quelques marques attendent Kona pour sortir leurs bébés, cela donne une belle place à cette course.

Les athlètes ont évolué avec leur temps, mais certains comme Lionel Sanders claquent le slip et la moustache ça donne un beau mélange. J’ai apprécié.

Mais toi tu es un peu en opposition face à cela, tu utilises un vélo en titane, tu n’as pas les derniers gadgets… 

Je ne vois pas cela comme une prise d’opposition. Je pense juste que c’est mieux pour moi, c’est ma propre analyse. Mon vélo est un sur mesure de chez Grade9. Sachant que je passe 5 heures dessus et dans l’espoir de courir un marathon derrière, le confort est pour moi le facteur le plus important pour la performance.

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J’apprécie le titane pour le confort, sa propriété d’absorption de vibrations et l’absence de changement de comportement à vie.  Tandis que certains changent de vélo chaque année, je m’imagine encore très bien avec le même dans 15 ans. 

Eh oui, pas de casque Aéro, trop peur de la déshydratation. J’utilise simplement le cardio et pas la puissance. Je me change complètement pour courir, car je ne perds que 20″ et encore une fois je cherche le confort…

Et ton Kona 2016? 

Mes prétentions ont changé à l’approche de la course, car je me sentais vraiment très bien dans les dernières semaines. Je sors une natation en 55 minutes et le début du vélo se passe parfaitement .

Le retour vélo avec le vent de nouveau de face m’a fait comme à beaucoup très mal et je concède 10′ sur les 40km derniers kilomètres (5h11),mais je suis resté dans ma zone de cardio.

J’espérais faire le show à pied, mais je pars en surchauffe, les 15 premiers kilomètres sur Ali Drive sont très durs. Enfin, je prends malgré tout beaucoup de plaisir d’être là. Je croise mes amis Jean Eudes Demaret et Thomas Marin de l’équipe HOKA qui font une belle course, puis mon fils et ma famille. Le bonheur dans la souffrance!

Finalement la Queen K et Energy Lab me paraissent moins durs que lors de mes précédentes participations et j’arrive à maintenir, je reprends malheureusement Jean Eudes en raison de problèmes gastriques, mais je croise Thomas qui parvient à réaliser SA course pour finir en 9h23. C’était mon objectif! Je termine finalement en 9h43 avec un marathon en 3h29…

smyersAs-tu toujours ce sentiment que cette épreuve est unique et distincte? D’après ce que j’ai compris, tu as une relation particuliers avec Karen Smyers.

Oui chaque fois j’arrive avec des prétentions de résultats, au fil de la course je craque et je vis des choses magiques pour finir très heureux. J’ai découvert l’Ironman à la TV avec l’édition que Karen remporte en 1995 doublant Paula Newby Fraser à 400m de l’arrivée.

En 2003, je la rencontre avant la course, car c’est les 25ans et elle vient présenter son association de lutte contre le cancer (elle est elle même une survivante au cancer). En 2004, elle fait la course et alors que j’ai complètement craqué, je la vois à un ravito discutant avec l’équipe médicale de son abandon. J’arrive à la convaincre et nous repartons ensemble, grand moment d’entraide sur 20km à pied.

14813220_10154615222149547_1424964949_oPuis en 2005, elle me dédicace mon bouquin en m’écrivant de courir encore ensemble cette année, mais, plus vite, parti 20′ après elle je la reprends à l’entrée d’Energy Lab et nous courons ensemble.

Lorsque je croise mes amis belges qui me crient que je suis en tête, elle comprend et me dit de partir à 10km de la ligne.

Cette année j’espérais la croiser, je suis tombé dessus la veille de la course au supermarché, elle s’est souvenue de moi et j’ai eu mon selfie!

Pour ton retour à Hawaii, tu n’as pas fait les choses a moitié puisque tu as aussi fait les championnats Xterra. D’après ce que j’ai compris, tu aussi une expérience particulière, non…

Oui j’ai tenté la qualif et cela a marché! Du coup, je rêvais du classement combiné Ironman & Xterra…Deuxième à moins de 6′ du meilleur amateur tout était encore possible.

Malheureusement j’ai cassé ma chaîne au Km5, je n’ai pas su réparer j’ai du redescendre au parc à vélos en courant!

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J’ai proposé de tout faire en courant cela était validé et alors que je m’élançais, l’organisateur a réparé ma chaîne, je suis sorti du parc bon dernier, mais tout même très heureux de tenter de terminer.

J’ai ensuite pris un énorme plaisir à aider quelques personnes sur mon parcours pour finir à une anecdotique 356e place, mais bon, je suis double Finisher (Kona + Maui). 

Et c’était vraiment primordial de ne pas abandonner… Dans ce cas, cela dépasse le sport, non…

Oui tout d’abord pour mon fils, ma famille, les gens qui me soutiennent et je suis parrain d’Accolade une association qui améliore le quotidien des enfants atteints du Cancer, vas leur dire  » j’ai cassé, j’ai abandonné … » alors il fallait que je passe cette ligne. Finalementm même pour moi, j’en suis super fier .

Et au final, quelle leçon tu tires de tes expériences en triathlon?

Qu’il faut garder confiance en soi et  que l’entraînement paye toujours à condition de rester à l’écoute.

Que tous les triathlètes sont d’un naturel courageux et que « l’envie » et le « plaisir » à l’entraînement sont des sensations qui permettent de contrôler si à un moment on en fait trop.

Et appris plus récemment : Toujours prendre un maillon et un dérive chaîne! 

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Pourquoi toujours cette casquette de cycliste sur ta tête ?

C’est le petit lien qui peut exister entre un cycliste PRO et un enfant émerveillé ou un fan qui le voit arriver.

J’emmène souvent mon gamin sur les courses en Flandres, le voir recevoir la casquette de la part d’un champion ou pouvoir lui offrir celle d’un Sagan ou un Wiggins et le voir se prendre pour lui en la portant me remplit de joie!Ces casquettes symbolisent pour moi le bon esprit, la porter me fait du bien.

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Alexandre Saint-Jalm

Alexandre Saint-Jalm

Né à Poissy, France, exilé à Montréal, Canada, Alexandre cherche perpétuellement à déchiffrer le sport d'endurance ainsi que son élite. Designer graphique de formation et passionné pour le triathlon suite à la performance de Whitfield à Bejing, il considère le sport comme vecteur de vie. alex@trimes.org