Spécial Kona > La loi des plus forts.

Le premier mot de « Frodo » à l’arrivée est pour le peuple hawaiien… Dans un grand sourire, il remercie les locaux d’accepter les triathlètes et de leur « prêter » le temps d’une course leur île. C’est surement un « plan com » pensé et réfléchi depuis longtemps Jan… Mais vraiment, c’est la classe à l’état pure… Alors, comme tout le monde, je bois les paroles d’un grand champion lucide et généreux après un peu plus de huit heures de combats dans la fournaise… Énorme respect, immense bravo !

Être devant, observer, contrôler…

Tout commence comme d’habitude par une natation paradisiaque dans les eaux claires du Pacifique. Cette année, la houle est assez tranquille, ça nage vite. Les gros bras sont devant et c’est un groupe de 12 hommes qui s’extirpe avec un avantage substantiel sur le reste des pros. Calé tranquille chez moi, je gazouille, car Denis Chevrot, notre versaillais, fait parti du bon wagon et semble embrayer très correctement sur le début du vélo en compagnie des leaders.

Frodeno, lui, semble déjà dans la gestion avec un plan de course bien établi. Ainsi, Il roule juste ce qu’il faut devant pendant quelques miles puis se laisse glisser pour laisser les impétueux prendre les choses en main et « bosser » pour lui. Brent Mac Mahon est jeune et plein de fougue : il tombe dans le panneau. Plus surprenants, Andy Potts, Ben Hoffman et Tim O’Donnel jouent aussi les gros bras à l’avant… La suprématie américaine serait-elle plus importante qu’une gestion raisonnée de la course elle-même ? C’est l’impression que cela me donne à ce moment-là…

Un peu plus loin, les rouleurs du 2e groupe remontent lentement mais surement. Sébi revient et semble lui aussi en avoir sous le pied. Cyril Viennot et Bertrand Billard sont décrochés très tôt par la faute de cartons pour drafting… Ils ne sont pas les seuls : cette année, ça flingue à tout va et à les écouter en interview post course, surtout n’importe comment…

Tandis que Denis glisse lentement, mais dangereusement vers l’arrière du « Kona train » pendant la remontée sur Hawi, c’est Michi Weiss sur sa « moto carénée » rouge qui prend les choses en main et tente de faire exploser tout le monde sur le début du retour. L’Autrichien, qui fera quelques embardées impressionnantes à l’écran, va, en fait, se faire exploser tout seul et démontrer aussi que plus un vélo est caréné… Plus c’est l’enfer à piloter avec force 4 !

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Les 40 derniers kilomètres sont terribles. Le « Kona train » n’est plus qu’un lointain souvenir et ils sont sept à se présenter à T2 en moins d’une minute… Kienle, Mac Kenzi, Boechecher, Stein, Frodeno, Hoffman et O’Donnel. Hormis Luke, c’est un peu un match Allemagne / États-Unis… Comme au foot, je mise sur l’Allemagne… Sans prendre trop de risque…

Derrière, les garçons arrivent esseulés. Andy Potts fait un vol plané en descendant de vélo et j’aperçois furtivement Viennot qui, malgré son carton de 5’ et sa natation délicate, pose assez loin en place, mais « seulement » à 10 minutes… Tout est possible en connaissant les quantités du Jurassien à pied.

Denis, lui, est à 13 minutes, un peu comme pour Cyril, cela reste jouable pour une place d’honneur, mais pour notre troisième homme, Bertrand Billard, ce baptême du feu hawaiien vire au cauchemar et je devine que le marathon va être bien long.

Une T2 et un départ CAP made in « ITU »

Jan Frodeno est un magicien. Le teuton, arrivé à T2 quatrième à 20 secondes, ressort premier et s’envole à grandes enjambées sur l’entame du marathon. Dans mon lit, je jubile. Jan, c’est mon favori, mon chouchou et tout me plait en lui : sa force, son style, sa science de la course et son délire jubilatoire d’athlète.

Pour Kienle, j’ai plus de « l’affection ». Je le trouve plus laborieux et lorsque Sébi recolle à Jan, je suis étonné et surpris, car devant, Frodeno est parti à moins de 6’ au mile, un tempo juste faramineux susceptible de lui faire boucler son marathon en moins de 2h35. En quelques miles, les deux compères creusent un trou irrémédiable sur le reste des favoris. Pourtant, en courant à 3’35 au Kilo le long de l’océan, ils trouvent la force de plaisanter et de se chambrer… Surréaliste !

À chaque ravito, Frodeno se met devant… Ce n’est pas anodin, car Sébi, un brin gêné, doit faire l’effort de boucher 10 mètres à chaque fois… Une course se gagne et se perd aussi sur une accumulation de petits détails qui, mis bout à bout, font la différence. À ce moment de la course, on sent bien que Jan contrôle tout…

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De retour sur Kona, Jan pousse un peu et Sébi baisse pavillon petit à petit. C’est fini, « Frodo » va chercher sa 2e couronne presque sans trembler après une course à 120% maîtrisée… Pour Kienle, comme il le confiera au micro quelques minutes après avoir passé la ligne, il aura le sentiment d’avoir fait 1er… des poursuivants de Jan… Tellement vrai !

Sur la 3e marche du podium, cela aurait presque pu être un Français, mais ne vous y trompez pas : Patrick Lange est lui aussi Allemand… Au-delà de la 20e place à T2, un marathon supersonique en moins de 2h40 va l’emmener jusque sur les talons de Kienle… Et à l’écran, le bonhomme, qui saute dans tous les sens à l’arrivée, donne l’impression de pouvoir en courir encore un 2e comme cela ! Si seulement Patrick n’avait pas écopé lui aussi d’une pénalité de 5 minutes…

Ben Hoffman puise au fond de ses ressources pour empêcher l’Allemagne de truster les quatre 1ère places. Surtout, Ben termine 1er Américain trois minutes devant Tim O’Donnel qui cette année, va faire un peu moins bien que sa femme…

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La quatre dernière places du top 10 sont pour l’Europe avec Stein, Aernouts, Rana et Van Lierde… Impressionnant vieux continent… et terrible « Mannschaft » qui place cinq athlètes dans les dix premières places.

Cyril Viennot conserve sa suprématie nationale, mais sa 18e place est loin de ses ambitions. Lorsqu’un grain de sable vient se coincer dans les rouages d’une course comme celle-là… C’est  toujours difficile de redresser la barre.

Denis Chevrot, presque pour sa 1re « vraie expérience » tant sa course de l’an dernier n’était pas significative, aura fait ce qu’il faut jusqu’à T2. Son marathon, si brillant d’habitude, ne sera pas passé ce coup-ci, mais nul doute que cette Hawaii 2016 lui a ouvert des perspectives et, je l’espère, l’appétit !

À quand un duel Ryf / Spirig ?

Chez les filles, sans surprise, Daniela Ryf a écrabouillé la course. Record de l’épreuve explosé, meilleur temps vélo, meilleurs temps à pied et dans le groupe de tête dès la natation… Que dire… Elle est trois niveaux dessus de tout le monde et devance à l’arrivée des garçons comme Weiss, Vistica ou Mac Kenzi… Personnellement, je ne vois qu’une fille à l’heure actuelle capable de la battre. Elle est Suisse aussi et s’appelle Nicola Spirig… Alors, à quand la confrontation ?

Dans ces conditions, énorme coup de chapeau à Anja Beranek qui aura suivi la Suissesse jusqu’après le demi-tour d’Hawi en vélo… Il en faut du cran. La quatrième place d’Anja est très prometteuse.

Mirinda vient prendre une très belle 2e place avec, pour elle aussi un marathon en moins de 3 heures… L’Australienne, comme à son habitude, s’est arrachée jusqu’au bout pour battre Heather Jackson d’une petite minute. La Finlandaise Kaisa Lehtonen, prend une superbe 5e place avec une course très régulière et c’est une Michelle Versterbye sans doute déçue qui termine 6e après un marathon un peu trop léger pour se mêler à la lutte pour le podium.

Voilà, Hawaii 2016, c’est fini ! Snif ! De ce que j’ai vu sur l’écran, la course des pro, hommes comme femmes, fut belle, indécise et, plus important, régulière… Sans doute vais-je revenir plus tard dans une chronique sur la problématique des âge groupes… Il y a beaucoup à dire à ce niveau et les résultats semblent difficiles à « valider » tant le drafting gangrène son déroulement. Acteurs ou victimes, les athlètes amateurs, pris dans des enjeux qui n’en sont pas réellement si on réfléchit bien, sont surtout les otages d’un business dont le nombre empêche une course propre et contrôlable… Mais ça, c’est une autre histoire !

Alors comme le dit si bien Jan, « Aloha » et surtout « Mahalo » au peuple d’Hawaii, votre île est magnifique…

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