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Florent Roy se fait trimer > Candidat à la présidence de la FFtri.

Florent Roy se fait trimer > Candidat à la présidence de la FFtri.

Cette semaine a été marquée par l’annonce des candidatures pour la présidence à la fédération française de triathlon. Pour le moment, Florent Roy est le seul à s’être présenté en face de Philippe Lescure, qui brigue un cinquième mandat consécutif. Trimes a souhaité en savoir plus sur Florent et sur ses intentions.

Par souci d’équité, Trimes donnera naturellement la parole à tous les candidats qui le souhaiteront.


Votre candidature a surpris la communauté…

Bonjour Alexandre et merci de m’apporter un temps de parole qui devrait permettre d’apporter des éléments de réponse aux questionnements qui sont en cours.

D’ailleurs, je ne pense pas que ce soit ma candidature qui apporte des questionnements, mais bien l’intérêt de nos licenciés pour notre sport. Le Triathlon est un sport qu’on ne pratique pas par hasard et je suis convaincu que nous avons des ressources extraordinaires encore inexplorées.

Pour ce qui est de ma candidature, c’est le fruit d’une longue réflexion (qui sera l’objet de l’étape 2 de mon projet, à lire le lundi 7 novembre) et d’un travail en profondeur qui m’ont amené à la conclusion suivante : « j’aime trop mon sport pour ne pas essayer de lui apporter un souffle nouveau».

La surprise de la communauté était attendue, mais je dois avouer que je ne l’espérais pas à ce point.

Vous avez déjà plusieurs mandats, soit à la ligue du Centre, mais aussi à la fédération en étant sur le conseil administratif, mais aussi sur la commission jeune. Vous êtes déjà pris dans les rouages de la fédé… 

Mais être dans les rouages, qu’est ce que cela signifie au juste ? Si l’on souhaite faire changer les choses, il y a deux moyens, rentrer en concurrence avec le système actuel et proposer quelque chose de différent ou faire partie de ce système en avançant pas à pas.

À mon entrée à la Fédération en 2013, j’ai fait une lettre de motivation qui disait que je souhaitais accompagner le développement de mon sport et je pensais de manière candide à l’époque, que c’était l’ordre normal des choses et que j’allais pouvoir apporter ma pierre à l’édifice. Très rapidement, j’ai pu observer que nous étions malheureusement dans un cadre de liberté et d’action très réduit.

Ma candidature intervient donc, non parce que je fais partie des rouages, mais bien parce que j’ai fait partie des rouages. Je souhaite fondamentalement proposer un projet ambitieux pour notre sport, car je pense que l’on vaut mieux que ce qui est proposé à l’heure actuelle. Ce n’est pas une candidature liée à une ambition personnelle, mais bien une candidature pour proposer un projet concret et durable, au service des clubs et des licenciés.

Mais pourquoi croyez-vous être en mesure de mieux répondre à cette fonction ?

Je pense aujourd’hui que peu de personnes ont la vision périphérique que je peux avoir de notre sport. En effet, je suis passé par toutes les étapes et vécu beaucoup d’expériences différentes, principalement en tant qu’acteur de terrain de notre monde fédéral (voir mon CV sur le site internet dédié).

Notre mal aujourd’hui est de considérer que nous sommes une grande Fédération et un petit sport. Je pense tout l’inverse. Nous sommes une petite Fédération, mais un GRAND sport !

Cela minimise ainsi la tâche qui incombe au Président, car au centre du débat, ce sont bien les clubs qui font grandir notre Fédération. Ce sont eux mon objectif premier. La Fédération, les Ligues, les Comités départementaux sont uniquement présents pour les accompagner dans leur développement.

Je pense également que pour assurer le rôle de Président, il faut un projet visionnaire qui fasse en sorte que tout le monde regarde dans la même direction ainsi que de l’éthique et du courage pour faire appliquer ce projet et garder une ligne de conduite dans la durée.

Je pense aussi qu’une Fédération doit rendre des comptes à ses clubs et licenciés avec une transparence la plus totale. En tant que responsable d’association, je fais bien le distinguo dans la notion de transparence entre le fait de fournir des éléments clairement intelligibles et qui permettent de comprendre le fonctionnement et le fait d’abreuver de chiffres bruts ses collaborateurs. Ceci n’est pas de la transparence.

Pour l’avoir vécu de l’intérieur, je peux vous assurer que la gestion de notre Fédération est saine, mais je peux également vous assurer qu’aucune direction politique ou projet global n’est suivi (ce sera l’objet d’une étape que je publierai début janvier).

Pendant quatre ans, je me suis battu pour obtenir des miettes dans les projets que j’ai portés malgré toute l’énergie et l’enthousiasme qui me caractérisent. Très souvent, cela prend des mois et même des années pour que cela se mette en place. C’est ce qu’on appelle le temps fédéral. Il y a le temps des techniciens et le temps fédéral. Le plus dur est de faire évoluer les croyances de chacun, car lorsqu’on y ajoute de l’égo, on rentre dans ce que je considère de l’immobilisme.

Quels sont les aspects que vous souhaitez changer ?

Mettre en place un modèle de fonctionnement fédéral qui peut être expliqué en moins de 5 minutes par tous les licenciés de notre association. Parce que OUI, une Fédération, c’est une association et je souhaite faire en sorte que chaque licencié ne soit plus simplement licencié, mais adhérent au projet fédéral.

La différence me semble fondamentale entre les deux puisqu’un licencié paye une licence, un adhérent adhère à un projet. Imaginez que chaque licencié soit un vecteur de communication de la Fédération, car il en est fier et souhaite faire connaître à son entourage l’ensemble des possibilités qu’offre le Triathlon.

Aujourd’hui, les Triathlètes sont fiers de leur sport, mais pas de leur Fédération, c’est un avis des Présidents de Ligue avec qui j’ai pu échanger. Je compte redonner du sens au mot Fédération en sortant d’une considération étatique (système pyramidal descendant) à un schéma vertueux de développement où chacun trouve sa place dans son approche individuelle et collective.

Bien sûr, le projet est ambitieux, mais n’ai-je pas dit que je voyais dans le Triathlon le sport du 21e siècle ?

Vous devez savoir autant que moi que pour certains, le championnat des clubs de D1 est en déclin, quel est votre avis sur le sujet ?

Une réflexion est en cours pour faire en sorte que le Championnat de France des clubs D1 retrouve de sa superbe. C’est en effet intéressant d’avoir un circuit national d’épreuves qui permette à nos jeunes de se faire de l’expérience auprès de triathlètes aguerris … STOP ! Aujourd’hui, le Grand Prix n’intéresse plus et nos jeunes ne peuvent pas y participer, car le niveau est trop élevé. Son concept de base n’a pas su s’adapter aux changements internationaux et à la réalité financière d’une Fédération comme la nôtre. En effet, avec la WTS et ses nombreuses dates, les coupes du Monde les coupes d’Europe, quelle place pour notre Grand Prix ?

Dans un premier temps, il est nécessaire d’avoir un principe de réalité. Une organisation ne doit pas coûter d’argent, mais en rapporter. Si nous n’en avons pas les compétences, ce n’est pas au licencié de payer pour un Grand Prix qui n’intéresse plus les médias. La loi de Pareto est à appliquer dans beaucoup de domaines, dans celui-ci en particulier. En effet, on ne peut pas organiser des mini WTS alors que nous n’en avons pas les ressources financières. La qualité a un prix et il faut accepter de diminuer la voilure … ou de rentrer dans un projet plus global d’organisations à but lucratif …

Il y a aussi le fameux débat sur la relation compliquée avec la longue distance. La fédération communique différemment en fonction des courses et du circuit. D’ailleurs, les pros français/amateurs sur Ironman sont tout simplement ignorés…

Je ne suis pas expert dans ces problématiques et j’ai pris rendez-vous avec des personnes qui maitrisent mieux le sujet pour m’éclairer sur ce point qui est en effet un point important.

L’objectif d’une Fédération est d’accompagner chacun de ses clubs dans son développement. Néanmoins, il me semble également important de prendre en considération tous les publics et le haut niveau amateur fait partie de ces publics. À ce jour, il faudrait surtout lui donner une définition et je vais travailler sur la question.

Et le développement de la haute performance ?

Ma candidature s’inscrit dans le projet Paris 2024. Aujourd’hui, Tokyo 2020, c’est déjà derrière. Tous les athlètes sont identifiés et il reste maintenant à avancer pour préparer 2024.

Le développement de la haute performance est de la ressource de la DTN et je ne compte pas faire en sorte que cela change. Nous avons, en France, un des meilleurs services d’expertise de la performance au monde et nous pouvons être fiers du travail qui est fait par nos cadres.

Une fédération peut agir sur l’aspect structurel et faire en sorte que l’aspect conjoncturel soit favorable au développement des esprits.

Sur l’aspect structurel, lors des 2 dernières olympiades, le collectif Haut Niveau n’a jamais été aussi performant chez les jeunes (Juniors et U23), mais également et surtout chez les Élites. La course des Jeux n’a malheureusement pas réussi à concrétiser cela.

Mais à mon sens, le mal est plus profond. Il est de l’ordre philosophique. En effet, il est important de faire en sorte qu’une grande majorité des licenciés soient fiers de leur Fédération. En effet, une performance à plus haut niveau résulte d’un équilibre général. Comment un triathlète de haut niveau peut-il performer au plus haut niveau si les licenciés qu’ils croisent ont le sentiment amer que si la licence est trop chère, c’est leur faute ?

Un triathlète de haut niveau ne doit n’y être dans un cocon ni sur un piédestal, il doit simplement pouvoir être à sa place. Que c’est difficile d’être à sa place dans notre société actuelle ! Je suis persuadé qu’en redonnant du sens au mot Fédération et une fierté d’appartenance de nos licenciés, cela peut accompagner la performance au plus haut niveau. Si tout le monde regarde dans la même direction, nous serons irrémédiablement plus performants.

Mais un des grands enjeux semble être dans la communication, non ? Parce qu’en fin de compte, la fédération se fait fréquemment attaquer sur des aspects qui ne lui appartient pas, non ?

Quand une personne fait quelque chose, ce n’est jamais injustifié, souvent incompréhensible, mais pas injustifié. La communication, c’est un des éléments clés à maîtriser au 21e siècle. La base de toute communication, c’est le projet. Sans projet, comment communiquer ?

Une communication doit comporter une stratégie, des objectifs et des moyens. Aujourd’hui, tout fonctionne dans l’immédiat. Nous devons devenir proactifs en la matière.

Ma campagne de communication se veut dans ce schéma. J’espère, en tout cas je vais tout faire pour, que ce soit l’occasion de montrer à tous que c’est possible, que nous en sommes capables.

La fédération est rentrée dans un virage où beaucoup d’autres disciplines enchainées se sont ajoutées, mais aussi prochainement d’autres disciplines comme le Raid, le Swimrun, on n’est pas en train de se perdre?

C’est la plus grande force de notre Fédération, l’ouverture ! Notre plus grand frein, c’est peut-être de s’appeler Fédération française de Triathlon !

Il est difficile d’envisager qu’un sport puisse être si complexe. J’aurais plutôt tendance à m’en réjouir. Explorer l’ensemble des choses qui s’offrent à nous est une chance infinie. Imaginez nos potentialités de développement, nous sommes en mesure d’accueillir tout le monde, du loisir au compétiteur, du jeune au vétéran, de celui qui ne sait pas nager à celui qui n’aime absolument pas le vélo.

Définitivement, le Triathlon est le sport du 21e siècle !

Tu te présentes face à Philippe Lescure, avec déjà quatre mandats à son actif. Certains parlent de lui comme indétrônable. Cela souligne que ceux qui votent sont satisfaits de lui. Alors pourquoi voudraient-ils du changement ?

J’apprécie beaucoup la nuance avec le titre de l’article précédent qui annonçait ma candidature et qui a d’ailleurs commencé à faire couler de l’encre.

En effet, je ne m’inscris pas contre le système en place et je ne m’inscris pas non plus dans sa continuité. Certains diront que je joue sur les mots, mais s’inscrire dans la suite logique répond à une volonté de ne pas renier ce qui a été fait, car c’était nécessaire pour en arriver là aujourd’hui. S’inscrire dans la suite logique, c’est considérer que les fondations sont bien présentes. Nous sommes forts de 50 000 licenciés et 800 clubs, c’est une chance énorme !

Je ne m’inscris pas contre Philippe en ce sens, car je ne peux que féliciter la situation actuelle qui nous permettra de nous développer et d’atteindre les objectifs que l’on mérite.

Fédérer, c’est faire avec et pas faire contre. Je ne compte pas révolutionner la Fédération en faisant fi du passé, mais en m’appuyant dessus pour être encore plus fort. Ce n’est pas en détruisant que l’on avance, mais en construisant.

Idriss Aberkane, un conférencier inspirant, aborde le schéma de construction massive (à contrario du schéma de destruction massive) et je pense que cette approche vertueuse est la plus saine et la plus fédératrice.

Pouvez-vous nous décrire rapidement le processus des élections ?

Le système des élections fait en sorte que 26 représentants des clubs et organisateurs votent pour le Président de la Fédération et les 31 membres du Conseil d’Administration.

Ces 26 représentants ont la lourde tâche de représenter 50 000 licenciés et 800 clubs. J’ai toute confiance dans le fait qu’ils sauront respecter le projet que soutient une majorité des licenciés qu’ils représentent.

L’élection aura lieu le 18 mars et j’ai donc jusqu’à cette date pour convaincre les clubs et les licenciés que le projet que je porte saura répondre à ce qui est attendu par une majorité. Notre Fédération est en mesure de considérer tous les publics à leur juste valeur et de mettre un cadre en phase avec leurs attentes. C’est en tout cas l’objectif que je me fixe. Je ne me présenterais pas dans le cas contraire.

Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?

Je tiens à te remercier pour cet espace de parole ainsi que l’ensemble des personnes qui m’ont déjà apporté leur soutien.

Il y a énormément de points qui n’ont pas été abordés comme le virage de la mixité, l’avenir de nos écoles de Triathlon, le dopage, l’arbitrage, les groupes d’âge, le sport santé, l’organisation des manifestations … ce sera l’objet de prochains échanges.

Aujourd’hui, cette interview reste sur des éléments conceptuels et je sais bien qu’elle ne répondra qu’en partie aux questions que se posent les licenciés. Conservez votre esprit critique et suivez, chaque semaine, l’actualité du projet que je propose sur le site internet dédié www.florentroy.fr

Vous pouvez me contacter via le formulaire de contact et suivre ma page Twitter (@Florent_Roy_3) qui devrait être plus réactive. J’essaierai dans la mesure du possible de répondre à vos interrogations et pour sûr, d’écouter vos points de vue afin de les intégrer dans le projet.

Merci pour votre intérêt à ce magnifique sport et construisons ensemble la Fédération de demain !

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Alexandre Saint-Jalm

Alexandre Saint-Jalm

Né à Poissy, France, exilé à Montréal, Canada, Alexandre cherche perpétuellement à déchiffrer le sport d'endurance ainsi que son élite. Designer graphique de formation et passionné pour le triathlon suite à la performance de Whitfield à Bejing, il considère le sport comme vecteur de vie. alex@trimes.org