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Hervé Banti se fait Trimer > Bilan 2016 avec le président du Pro Team de l’As Monaco.

Hervé Banti se fait Trimer > Bilan 2016 avec le président du Pro Team de l’As Monaco.

La France a un rapport particulier avec la longue distance. Si elle est tout simplement la nation présentant le plus d’épreuves de distance Ironman dans le monde, en contrepartie, ses pros locaux semblent toujours manquer de ressources en comparaison aux autres internationaux. Il n’existait pas de véritable regroupement pour un projet commun. Mais depuis plusieurs saisons, le club de triathlon de l’AS Monaco tente de changer les choses. En 2016, ils étaient derrière plusieurs étoiles montantes dans la discipline comme Gwenael Ouillieres, Kevin Rundstadler et Camille Deligny.

On s’est donc entretenu avec Hervé Banti, olympien en triathlon aux JO de 2012, mais surtout président du PRO Team de l’AS Monaco afin de s’avoir plus sur le projet. 


Le pro team de l’As Monaco vient de passer sa meilleure saison en 2016. Peux-tu nous parler de ce projet et de ton implication. 

Effectivement, nous avons vécu une année 2016 assez riche en émotion. Après un printemps quelque peu chaotique puisque nous étions 5 sur 6 à l’infirmerie, les choses ont tourné en notre faveur dès l’Ironman 70.3 d’Aix-en-Provence avec la 5e place de Gwenael (Ouillieres).

Puis l’été fut fantastique avec Charlotte Morel et Camille Deligny sur le podium à Embrun pour leur première participation à l’épreuve, la victoire de Camille sur le Challenge Almere et enfin Kevin Rundstadler qui remporte le Natureman et Cédric Jacquot l’Alpsman le même week-end, Alex Blain à Bandol pour clôturer la saison. J’avais l’impression qu’on avait un peu la « Midas Touch » ces dernières semaines !

Sans oublier les groupes d’âge de la section qui ont su se distinguer cette année encore. 

Concernant la genèse du projet, cela s’est naturellement imposé à moi, presque à mon corps défendant, si je puis dire… j’ai accédé à la présidence de l’ASM en 2012 sans que cela soit un plan de carrière, une génération de dirigeants souhaitait s’éclipser et on m’a fait comprendre que je devais prendre mes responsabilités et assurer la fonction de président. Fin 2012, Delphine Pelletier et Nicolas Fernandez m’ont contacté pour intégrer le club, et l’aventure débutait… Depuis 5 ans, je suis complètement impliqué dans la gestion du club et le développement du pro team. En pratique cela demande pas mal d’énergie mentale, je suis toujours à la recherche de nouvelles idées pour  développer. Dans la gestion du club, j’ai la chance de pouvoir compter sur Denis qui entraine les membres au quotidien, Serge le secrétaire général et Marion qui gère les finances. 

On dit souvent que l’on met en place ce que l’on aurait voulu avoir plus jeune. Est-ce que cela se confirme avec toi? 

Disons que le but de l’équipe est désormais d’accueillir les jeunes athlètes français émergeant sur longue distance et de les accompagner dans leur quête du haut niveau. La distance Ironman demande tant d’expérience au niveau de l’entrainement, de l’alimentation, de la gestion de course, du matériel, sans oublier les blessures, qu’il faut souvent rater une dizaine de courses avant de performer. Et comme on court en général un ou deux IM par an, cela peut durer quelques saisons… Donc on essaie de faire gagner quelques années à ces jeunes talents. Pour ma part, si j’avais pu être un peu mieux conseillé et un peu moins blessé, ma carrière aurait peut-être pu prendre une autre envergure, je n’ai jamais su exploiter ma vitesse sur IM. Mais la carrière est encore longue…

Je sais que de l’extérieur, on peut penser que les athlètes du groupe profitent surtout d’un soutien matériel, mais dans les faits, vous avez vraiment voulu répliquer l’idée de l’équipe avec des camps communs. Il semble d’ailleurs y avoir une belle synergie entre les athlètes, non? As-tu le sentiment que le regroupement est plus intéressant pour les partenaires?

Le but à plus ou moins long terme est d’être en mesure de présenter pour chacun des athlètes de l’équipe une unité de partenaires matériels, un peu à la manière d’une équipe cycliste pro, ou de ce que fait Etixx-BMC qui a montré la voie. En pratique c’est difficile pour le partenaire vélo parce que pour le moment les athlètes présents on des contrats personnels assez avantageux. On a déjà réussi à fidéliser des partenaires prestigieux comme Castelli, Kask et Rudy Project et je pense que cela nous aide à véhiculer une bonne image du club. Pour l’athlète c’est une solution de facilité également , puisqu’il n’a pas à démarcher de nombreux partenaires chaque année. Pour le partenaire c’est sûr que l’image de l’équipe et les 150 membres qui seraient tentés d’acquérir le même équipement font que nous sommes peut-être un peu plus intéressants. Mais dans les faits, c’est très difficile de signer avec une marque renommée… 

On a eu l’occasion de se regrouper cette année à Calella et à Font-Romeu, Gwenael et Kevin viennent régulièrement vers Monaco l’hiver. J’espère qu’on pourra réitérer l’expérience en 2017 parce que l’on a toujours du plaisir à se retrouver. Au-delà de l’aspect performance, l’image et le comportement des athlètes au sein de l’équipe sont primordiaux pour moi. 

Tu dois savoir que chez Trimes, en mentionne justement ce manque de support pour les pros français. Tout est encore à développer non? 

La FFtri a réussi à développer le triathlon en France de manière fantastique, à emmener les jeunes vers le plus haut niveau mondial sur la courte distance et les clubs de D1 bénéficient de budgets annuels qui me font rêver… Mais ce qui me chagrine un peu c’est que l’immense majorité de ces budgets provenant de fonds publics alimentent souvent des athlètes étrangers venant courir un Grand Prix en perte de vitesse médiatique. Et d’un autre côté pas grand-chose n’est fait pour valoriser et développer la performance sur Ironman parce que ce n’est pas une discipline olympique et aucun budget ne peut donc y être alloué… Alors que l’ironman est l’essence de notre sport et celui qui est souvent  mis en avant dans les médias. On a l’impression que certains athlètes qui pourraient être très performants sur LD semblent contraints de faire une dixième saison en D1 sans autre ambition que de gagner un peu d’argent. 

Si Charlotte Morel est déjà connue du grand public, avec Camille Deligny, Kevin Rundstadler et Gwenael Ouillères, votre investissement se concentre sur des talents en développement… Est-ce que l’équipe à l’objectif de grandir avec ces athlètes?

Oui, clairement, on souhaite accompagner les jeunes talents vers le plus haut niveau, et Kevin et Camille ont clairement été des bonnes pioches. J’espère qu’ils nous feront confiance pendant plusieurs années et j’ai la prétention de croire qu’ils ne sont pas à l’ASM juste pour le chèque en début et en fin d’année. 

Nicolas Fernandez arrête sa carrière, êtes-vous à la recherche d’autres talents?

Non, Nico est irremplaçable… Plus sérieusement, faute d’accroissement significatif du budget il ne devrait pas y avoir d’arrivée majeure. Deux jeunes locaux nous rejoignent néanmoins, Sébastien Hartmann et Fred Garcia. J’espère qu’ils connaitront la réussite de leurs prédécesseurs.

Mais quelle est votre ambition pour le futur? Est-ce qu’il existe une volonté à rivaliser prochainement avec les équipes internationales?

On a beaucoup parlé de l’ASM dans les médias cette année, l’équipe est a désormais reconnue. Pour la suite, tout dépendra du budget que l’on aura, mais je préfèrerais continuer dans cette philosophie d’accompagnement de jeunes talents français sur LD plutôt qu’une multinationale de mercenaires…Mais, il me manque 20 à 30 000€ pour le faire correctement. La première conséquence  de notre développement c’est que le club a doublé son nombre de membres en 4 ans (150 en 2016) et que c’est difficile de  conserver notre qualité d’accueil, pour les débutants notamment. J’en profite pour remercier Amalric de la société Pronutri qui nous suit depuis de longues années et la société OMUR Marine, sans lesquels l’équipe n’existerait pas. 

Pour finir, en 2012, tu as représenté Monaco lors des Jeux olympiques de Londres. Une olympiade, quel est ton regard sur la discipline?

La densité sur la distance olympique a explosé en une olympiade… En courant en 31’ sur les 10km, tu pouvais encore prétendre au top 10 sur coupe du monde en 2012, maintenant, tu te retrouves 20 ou 30e. Même chose en vélo, ça roule vraiment vite désormais. Mais c’est général au triathlon, sur Ironman également la densité augmente, on a l’impression que 3h00 sur marathon c’est une contre-performance maintenant…

Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose?

La gestion d’une équipe pro est une affaire de passion et de budget. Tant que les deux sont présents, je continue! 

Pour en savoir plus sur le club de Triathlon de l’AS Monaco, rendez-vous ici.

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Alexandre Saint-Jalm

Alexandre Saint-Jalm

Né à Poissy, France, exilé à Montréal, Canada, Alexandre cherche perpétuellement à déchiffrer le sport d'endurance ainsi que son élite. Designer graphique de formation et passionné pour le triathlon suite à la performance de Whitfield à Bejing, il considère le sport comme vecteur de vie. alex@trimes.org