Dan Lorang se fait trimer > Le coach de Jan Frodeno et aux multichallenges.

En éditant Trimes, l’une de nos grandes conclusions est que les meilleurs coachs sont ceux qui échangent le plus et savent se mettre en danger. Dan Lorang a collectionné les projets. Entre cyclisme pro, la structure allemande ITU ou encore un athlète comme Jan Frodeno, Dan collectionne les défis et multiplient les apprentissages. Trimes s’est donc entretenu afin de vous faire découvrir ce personnage qui se cache derrière l’irrésistible succès de Jan Frodeno en Ironman, mais aussi des cyclistes et triathlètes en devenir. 

Qui était Dan Lorang avant d’entraîner ?

Un athlète passionné qui a joué au foot pendant 9 ans, a fait plein de sports différents, des courses cyclistes en amateur haut niveau. Mais finalement, j’ai été et suis toujours fasciné par tous les genres de sports et particulièrement le développement vers la performance. C’est pour cela que j’ai commencé à étudier les sciences du sport avec le risque de ne jamais trouver de travail dans le domaine très pointu du sport de haut niveau.

Quel a été le tournant qui t’a fait choisir de devenir coach ?

J’ai commencé à 15 ans quand je m’entrainais en salle et que des types sont venus  me dire comment m’améliorer. J’étais un jeune adolescent et complètement fasciné par l’aide que ces types m’apportaient et les méthodes derrière. Donc j’ai commencé à lire des livres sur l’entrainement et la passion est partie au quart de tour comme ça. Le second tournant a été quand j’ai rencontré Anne Haug. Elle commençait ses études avec moi et elle cherchait un entraîneur. On a donc commencé notre chemin ensemble (comme en tant qu’entraîneur, elle en tant qu’athlète) et c’était vraiment excitant d’année en année. On a évolué en tant qu’athlète et entraîneur au fil des années et mené notre expérience jusqu’au haut niveau. On avait vraiment une relation très particulière et on est toujours aujourd’hui en contact proche, peu importe que je la coache ou pas. On a vraiment passé de super moments même si notre objectif principal avec les Jeux olympiques de Rio en 2016 a été une défaite. Mais le processus avait été fantastique et on n’en regrette pas un seul instant.


On dit souvent qu’il est important pour les jeunes de faire plusieurs sports différents et de ne pas se spécialiser trop rapidement…

Je n’ai jamais été un athlète de rang international donc c’est difficile de dire s’il vaut mieux faire plusieurs sports pour son développement personnel ou non. Je pense qu’il n’y a aucune obligation, mais en revanche, une répartition 50/50 d’athlètes venant du triathlon ou d’un autre sport. Mais développer de nombreuses capacités me paraît être une excellente manière pour chaque enfant d’avoir le choix tard de choisir entre différents sports et s’amuser aussi longtemps que possible.

Connaissant le haut niveau dans d’autres sports comme le cyclisme, quelle était ton opinion sur une vraie pratique du triathlon ? Penses-tu que l’entraîneur devrait davantage utiliser la science dans son travail ?

Le triathlon est un sport jeune, mais il y a déjà une part importante de la science dans ce sport. C’est tellement complexe avec trois sports différents, que la science peut avoir un avantage considérable si elle est utilisée à bon escient. Mais, pour être honnête, je n’aime pas trop ces discussions, si les meilleurs entraîneurs sont ceux qui utilisent le plus ou le moins de connaissances scientifiques, si ce sont ceux qui voient le plus ou le moins d’informations dans les yeux des athlètes, etc. Enfin, chaque relation coach-athlète est unique et doit s’améliorer dans la performance et la personnalité. Il n’y a pas de standard par excellence pour construire le succès.

J’ai essayé de nombreux vecteurs pour acquérir les connaissances et compétences et me développer jour après jour comme je voudrais que mes athlètes le fassent.

Alors entraîner, c’est aussi gérer les émotions…

Absolument ! Mais tu as aussi de grandes différences dans les relations coach-athlète parce que chaque personne a besoin d’une approche différente même si il n’y a que de toutes petites différences. Par exemple, en tant qu’entraîneur fédéral, j’ai vu mes athlètes chaque jour et d’un autre côté, j’ai vu Jan l’an passé environ 4-5 jours sur toute l’année… Tu vois, il n’y a pas une seule et unique solution. Pendant toutes ces années, j’ai appris à quel point les émotions sont importantes. Au début, je pensais que tout était une question de science et de connaissances, mais ensuite, j’ai bien vu que tout ça n’est que 50% du gâteau. Il y a tellement plus et les émotions jouent un rôle immense. Essayer de garder ton athlète frais dans sa tête est ce qu’il y a de plus important dans le sport de haut niveau. Il doit être à 100% de son mental et à 100% de sa forme physique. J’apprends jour après jour comment chaque personnalité différente fonctionne et ça rend vraiment notre travail intéressant et excitant. Être un bon entraîneur demande de nombreuses connaissances.

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Pourquoi penses-tu que Jan Frodeno a choisi de travailler avec toi ?

Jan, c’est un peu un cheval sauvage. Il n’a pas besoin d’un entraîneur qui le pousse, mais peut-être davantage d’un équilibre qui l’aide à ne pas dépasser les limites chaque jour. Je pense qu’on a tous les deux besoins de nous tenir à des plans, et nous croyons en ce que nous faisons. Notre métier, c’est notre passion et nous nous faisons totalement confiance. Jan sait que je suis très objectif et que je lui dirai toujours ce qui va et ce qui ne va pas. Mais si tu veux vraiment la réponse à cette question, il vaut mieux le lui demander.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur votre collaboration ? J’ai récemment appris que certaines personnes ont remis en question ton travail avec lui ?

Notre collaboration est vraiment aisée ! Au terme de chaque saison on discute de comment continuer et des projets pour la saison suivante. Après, on élabore un programme complet et on essaye de s’y tenir aussi longtemps que possible. C’est sûr qu’il faut parfois adapter, à cause de maladies, blessures, la famille, etc., mais en général on est capable de garder un travail consistant. Le gros avantage, c’est aussi qu’on ne prête pas trop attention à ce que font les autres. Donc on ne se rend pas nerveux ou inquiets de gros résultats de concurrents de Jan. On essaye de conserver un bon équilibre entre un travail appliqué et un équilibre mental. L’idée c’est surtout de faire évoluer Jan, plus que de chercher à battre les autres.

Octobre dernier était un mois particulier pour toi, d’une part, un réel succès avec une seconde victoire de Jan Frodeno à Kona. Mais en même temps, tu as démissionné de tes devoirs d’entraîneurs avec la DTU. Comment expliques-tu que ça n’ait pas marché avec la DTU ?

Il y aurait trop à dire à propos de tout ça, mais je ne veux accuser personne pour le moment. En fait, à la fin, c’était surtout une perte de confiance des deux côtés, et des points de vue différents sur la gestion d’athlètes et d’environnements de haut niveau. C’était la meilleure solution que de partir avant d’être vraiment en désaccord avec la fédération et rester en bons termes. Parfois, il y a différents chemins qui mènent au succès et tout le monde ne peut pas prendre le même. D’un autre côté, j’essayais aussi de me pencher sur mon développement personnel au travers d’un nouveau travail dans un nouvel environnement de haut niveau avec une nouvelle énergie positive. Aujourd’hui, j’ai plus de temps pour nourrir mes connaissances et pour apprendre comment une équipe de plus de 80 personnes qui travaillent ensemble pour construire le succès de toute cette équipe. C’est vraiment très spécial ans le cyclisme et je suis sûr que j’en tirerai plein d’avantages aussi pour le futur, peut-être un jour, en retournant dans le triathlon ou un autre sport.

Qu’as-tu appris de cet épisode ?

J’ai beaucoup appris de tout ça : reste fidèle à toi-même. Pour son développement personnel, il faut le bon environnement. Si tu ne peux pas changer l’environnement dans lequel tu évolues, il faut quand même que tu le quittes, même si ça implique de quitter sa zone de confort. Pour mon futur personnel, j’ai décidé de n’accepter que les jobs/défis qui me permettent de travailler selon ma façon et de m’entourer de personnes qui « répandent » une énergie positive et qui ont le même état d’esprit. Ce n’est pas facile de construire une bonne équipe, tu as besoin de bonnes personnalités, une bonne combinaison d’un peu tout. C’est un gros challenge, mais je pense que je peux le relever dans le futur.

Tu travailles avec quels athlètes, aujourd’hui ?

9 athlètes de Bora-Hansgrohe (équipe World Tour Cyclisme) comme Sam Bennett, Emanuel Buchmann, etc… et des triathlètes comme Jan Frodeno, Nick Kastelein, Anja Beranek, etc.

Qu’attends-tu de cette nouvelle saison ITU ?

Je pense que l’ITU est dans un processus de développement et ce sera intéressant de voir ce qui va se passer dans les prochaines années particulièrement avec les différentes distances et les modes de courses. Même si je me concentre surtout le cyclisme pour le moment, je vais continuer de suivre avec un grand intérêt ce qui se passe avec l’ITU.

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