Francois Vendette se fait trimer > Le rêve Kona après 16 Ironmans.

Le mois dernier, Ironman a annoncé les gagnants à leur initiative « legacy ». Ce programme récompense ceux qui ont fait le plus d’Ironman sans avoir participé à Kona. François Vendette est l’un de ces récipiendaires qui ont obtenu leur billet pour les prochains championnats du monde Ironman de 2017. Pour ce québécois, on peut effectivement parler d’une qualification au mérite avec 16 ironmans au compteur et complétés en plus de 14 heures. On s’est entretenu avec lui pour en savoir plus sur ces personnalités qui rendent le sport d’une certaine manière plus humaine. 

On se connait depuis plusieurs années, mais tu ne m’as jamais dit ce qui t’avait attiré vers le triathlon…

Un pari tenu lors d’une soirée bien arrosée. Après l’université, ma forme physique était déplorable. Faut comprendre que dans ma jeunesse, j’étais un solide joueur de bowling et de baseball; pas les activités les plus exigeantes côté entrainement physique. Pour me mettre en forme, j’ai débuté avec la course à pied et après un demi marathon, lors de la célébration d’après course, mon meilleur ami et partenaire d’entrainement m’a lancé le défi fou de faire le triathlon du Mont Tremblant un mois plus tard. Nous sommes en 2004, le triathlon de Tremblant a lieu au lac Mercier et comptait une centaine de participants. La seule distance disponible (1-33-10). Défi relevé avec mon vélo hybride et moins de 10 heures d’entrainement en natation. Mon classement avant-dernier ! J’ai fait beaucoup de chemin en 12 ans…

Mais c’est surtout la longue distance qui t’intéresse depuis. Que recherches-tu dans l’ironman?

Je pourrais répondre le dépassement de soi et les défis, mais je mentirais; c’était probablement vrai lors des premières tentatives, mais après 15 Ironman, ce que j’aime par-dessus tout, c’est de découvrir les gens et les endroits où l’on pratique ce merveilleux sport. Chaque nouvelle compétition est une occasion unique d’échanger et d’en apprendre un peu plus sur soi et le monde qui nous entoure. J’ai rencontré un allemand qui après son quart de travail à l’usine, il a fait 8h de route et affronté la pluie et le froid pour finir son premier IM à Zurich. J’ai roulé avec une fille qui n’avait pas de souliers de vélo, oubliés le matin même de la course dans son hôtel, elle a décidé de rouler sans souliers plutôt que de faire un DNF. J’ai couru avec Sister Madonna Buder avec comme toile de fond la région des vins de la vallée de l’Okanagan, une vrai guerrière cette dame. J’ai fait un bout de chemin avec un pompier vêtu de son équipement dans le désert de l’Arizona, le regard dans ses yeux valait le prix d’inscription. J’ai échangé avec un Canadien qui tentait d’accomplir son 6e Ironman de l’année sous le chaud soleil du Mexique. Difficile de se plaindre de sa petite personne quand on regarde autour de soi.

Mais ce qui est plutôt étonnant, c’est que tu n’es pas réellement dans une recherche à la performance…

Je vais me faire le porte-parole involontaire d’une grande communauté d’athlète plus lent en répondant à cette question. Plus jeune, je visais les chronos, mais un moment donné, je suis passé à autre chose. Dans mon cas, le déclic s’est fait en Floride. J’ai fini portion course à la marche, mais pas les derniers 2 ou 3 km, j’ai marché les derniers 25 km en un peu plus de 3h. Pourquoi ? Pour ne jamais abandonner. J’aurai dû arrêter, mon corps ne répondait plus, mais j’ai mis un pas devant l’autre et ainsi de suite jusqu’à la ligne d’arriver.

Dans la vie, chacun a un objectif différent et j’ai appris à respecter mes limites sans tenir compte du bruit extérieur.

Contrairement à beaucoup, tu aurais pu faire un ou deux ironmans et dire que c’était suffisant, comme un défi à réaliser, mais tu ne t’es pas arrêté pourquoi?

J’ai un immense respect pour ceux qui essaient ce défi et arrêtent après une ou deux expériences. Dans mon cas, après mon deuxième Ironman, j’avais le sentiment qu’il me restait tellement de choses à apprendre sur moi et, surtout, à améliorer.

Et il y a eu le programme Legacy qui récompense ceux qui ont terminé un grand nombre d’Ironman… Est-ce que cela t’a motivé encore plus à poursuivre le triathlon pour aller à Kona. Tu as finalement été récompensé et tu iras à Kona. C’est un rêve qui se réalise non? Une boucle qui se ferme… Tu dois savoir que pour les compétitifs, certains décrient cette initiative d’ironman, dans ton cas, est-ce que tu te sens légitime?

Un rêve ? Oui et non. Kona est le berceau de notre sport. Un peu comme tout le monde j’ai vu la plupart des reportages sur NBC et connais les grands noms et moments de Kona. Donc dans cette optique, oui c’est un défi de taille que j’ai hâte d’affronter. Mais de l’autre côté, la crainte de ne pas finir dans les temps est très présente dans mon esprit.

Je peux comprendre que les compétitifs n’aiment pas ce programme, dans mon cas sans ce programme, jamais une participation à Kona ne serait possible. Pour ce qui est de ma légitimité, je vous laisse en débattre entre vous et je vais me contenter de m’entraîner très fort cet été pour atteindre la ligne d’arrivée avant minuit.

Pour ce qui est de fermer la boucle, ma conjointe est convaincue que Kona sera mon dernier, mais dans ma tête je n’ai pas encore pris la décision.

Tu as des millions d’anecdotes avec toutes ces courses… As-tu des expériences très étranges à partager?

J’ai partagé, plus haut, certains moments forts de mes courses passées, mais il y a aussi eu plusieurs  moments moins glorieux :

Note de Challenge Roth : Sur un vélo de triathlon, toujours s’assurer que ta roue arrière ne frotte pas avec ton cadre intérieur, spécialement quand tu remplaces tes pneus à trip par des boyaux la veille du Ironman suite à une crevaison sur une sortie de préparation. Un oubli peut résulter en un très mauvais temps de vélo et beaucoup de gros mots en ascension…

Note de Escape from Alcatraz : Quand l’eau est trop froide (10 degrés Celcius), on laisse sa fierté de côté et on porte le casque et les bas en Néoprène. À la sortie de l’eau, marcher en S avec aucune sensation dans les jambes est très dangereux.

Note de Ironman Wisconsin : Toujours connaitre le parcours et au besoin confirmer les directions. Faire 2 km de trop sur le marathon est très mauvais pour le moral.

Note Savageman 70.0 et Sainte-Croix 70.3 : Tout le monde me demande lequel est le demi-ironman le plus difficile entre les deux? Honnêtement des fois la nuit, je fais des cauchemars en revoyant les deux montés signatures de ces deux triathlons ‘’The Beast’’ dans les iles vierges et Westernport Hill (Rock street) pour Savageman 70. Je vous invite à vous faire une idée par vous-même.

Dis-moi, tu ne fais pas faire exprès de terminer tout juste avant minuit à Kona? Que faut-il te souhaiter…

Mon Dieu non! Je ne veux pas revivre tout le stress ressenti à Mont-Tremblant lors d’une très mauvaise journée au bureau. J’ai franchi la ligne d’arrivée 10 minutes avant minuit.

Pour Kona, on peut simplement me souhaiter de franchir la ligne d’arriver en un morceau, en ayant respecté mes limites et avec beaucoup de temps de libre après pour encourager les compétiteurs derrière moi.

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