L’élite anonyme > La super league, oui mais…

Si à notre grande surprise, la Super League semble déjà faire l’unanimité chez les amateurs, est-ce vraiment le cas chez les athlètes. Après la publication de notre article, ce que l’on a appris de la Super League, un habitué de la série mondiale (WTS) et membre d’une équipe nationale a souhaité partager son avis. Puisque nous croyons dans l’échange, voici son avis, qui est autant dissident que pertinent.

Petite réflexion à chaud sur la Super League, ton article et des commentaires vus ici et là.

Je pense personnellement que l’Itu doit améliorer sa production et sa diffusion, et que oui nous pouvons réfléchir à des innovations. Je suis moi même toujours enthousiaste pour les relais ou les trucs différents (Tiszaujvaros, Kitzbuhel en côte, l’idée de Kitzbuhel avec qualif clm + final finalement annulé l’an passé). Je pense qu’il y a de la place pour une certaine variété et peut-être un peu plus de « show » sur le circuit mondial. Je ne pense pas être complètement conservateur et fermé d’esprit.

Cependant la question qu’il faut se poser c’est avant tout pourquoi on pratique ou on apprécie ce sport. Moi j’aime le format olympique, j’aime l’Itu et j’aime les courses telles qu’elles existent aujourd’hui, de même que la plupart des autres athlètes, je suppose. Je pense qu’après 20 ans d’olympisme le triathlon do avec draft a acquis une légitimité et a une vraie histoire derrière lui. L’essence du sport pour moi c’est la performance, mais aussi une tradition et des références. Les miennes sont la régularité de Gomez, la domination des Brownlee ou encore les finish de Riederer ou Docherty.

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Notre sport est beau et nous le pratiquons en connaissance de cause. Nous avons choisi de le pratiquer tel qu’il peut exister aujourd’hui et de nous y investir complètement. Alors quel est le sens d’une évolution si elle est faite pour l’extérieur ? Je ne veux pas changer mon sport pour quelqu’un qui regarde la télé depuis son canapé. Je me fous d’être spectaculaire ou chiant à regarder. Rendre plus visible et compréhensible ce que l’on fait est légitime et souhaitable, mais évoluer uniquement pour le regard extérieur ne l’est pas. Rendre la performance en triathlon plus télégénique n’est même pas un moyen de développer le sport que nous aimons. Le biathlon à la télé c’est peut-être cool, mais il y a 500 personnes qui en font vraiment en France. Je ne pense pas qu’il soit souhaitable d’évoluer pour devenir un produit à consommer entre deux autres sports le dimanche après midi.

La Super League c’est sympa, c’est un événement potentiellement intéressant, mais l’enjeu sportif il est en WTS et doit à mon avis le rester, même si les gens trouvent ça long et chiant. Personnellement (et pour pousser un peu, je suis capable de regarder le marathon des JO en entier, beaucoup de gens s’en désintéresseraient sûrement très vite, on ne va pas le changer par une spartan race pour autant.

Par ailleurs, les choix qui ont été faits pour cet évènement ne sont pas sans interroger. Ainsi les athlètes féminines ne sont pas présentent. C’est, je crois, inédit en triathlon et à mon sens une mauvaise initiative. Elles sont ainsi privées de l’exposition potentielle et du prize money, de même bien sur que les athlètes masculins non invités. Après le Island House Triathlon et celui de Pékin, c’est une nouvelle course de style « invitational » qui se crée. Ainsi ce n’est plus le seul niveau sportif qui ouvre la participation, mais aussi l’image voir le réseau. Il est aujourd’hui difficile de faire carrière en athlétisme sans agent et je ne pense pas que cette perspective soit réjouissante pour le triathlon.

Sans vouloir être trop rabat-joie, je pense donc qu’il ne faut pas s’emballer face au spectacle et à la puissante communication de cette nouveauté qu’est la Super League. Mais cela pousse à s’interroger sur ce que nous voulons et pouvons faire de notre sport et c’est tant mieux. Le triathlon est un sport incroyable, rendons-le encore meilleur.

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