Les positions sur vélo de route enfin chiffrées. La mini-aérobarre indispensable?

À chaque fois que l’on regarde une course de la série mondiale, on s’interroge sur la position à vélo des athlètes. Pourquoi est-elle si différente de celle des vrais cyclistes. On a longtemps eu le sentiment que les élites en triathlon (avec drafting) ne se souciaient guère de leur position parce qu’ils n’avaient pas conscience des gains possibles. Pourquoi faire l’effort de tenir une position si on n’est pas convaincu de son efficacité?

Depuis quelques années, les mini-barres ont été abandonnées par les élites. Évidemment, les occasions de les utiliser se font de plus en plus rares puisque l’ITU s’efforce de rendre les parcours plus techniques. De plus, dès lors qu’on est en peloton, l’usage de barres peut s’avérer dangeureux.

On s’est donc intéressé à l’étude Aerodynamic performance and riding posture in road cycling and triathlon publiée dans le Journal of Sports Engineering and Technology. C’est d’ailleurs l’institut du sport Australien qui est derrière cette commande.

Petit rappel: l’aérodynamisme est un facteur déterminant dans la performance. Lorsqu’un athlète est à 50 km/h, en moyenne 90% de sa puissance est dépensée pour compenser son drag. Mais à quel point sa position peut-elle influer sur cette valeur? Aller plus vite en travaillant moins fort, est-ce vraiment possible?

Pour cette exercice, 9 positions différentes ont été définies, dont 3 avec des minibarres (permises sur le circuit ITU).  Les 6 autres correspondent aux positions sur les manettes ou sur le bas du guidon. La littérature actuelle recommande déjà l’utilisation des poignets avant celle du guidon, malheureusement cette notion est souvent mal comprise puisque cette prise en main est effective uniquement si les bras sont pliés et que le cycliste fait l’effort de baisser le reste de son corps. L’étude s’efforce justement de démontrer ces différences. Les gains ne sont donc pas faits en fonction des points de contacts (placement des mains), mais bien en fonction de la position du reste du corps (bras, tête et et torse). Un coach ne peut donc se contenter de demander à un athlète d’avoir les mains sur le bas du guidon.

Voici les différentes positions étudiées.

Et voici les résultats.

 PositionSurface frontale (m2)PostureCDA (m2)Puissance (W)Delta CDA (m2)Delta puissance (W)
1Mains sur poignée – posture référence0.494110.343430  
2Mains bas guidon –  posture conventionnelle0.472020.3324170.01113.0
3Mains bas guidon avec torse plié – les bras sont pliés pour obtenir cette position0.459430.3063850.03743.9
4Mains bas guidon avec torse plié et regard vers le bas0.452040.3214030.02225.9
5Main sur poignet – avec avant bras à l’horizontal0.436550.2953720.04856.0
6Aerobarres – ITU 0.417460.2893650.05463.6
7Aerobarres avec tête baissée et épaules resserrées 0.385570.2833580.06070.1
8Aerobarres avec regard vers le bas0.412680.2953720.04856.5
9Aerobars avec tête baissée entre épaule.0.385090.2873630.05665.1

En conclusion?

Les essais ont démontré une réduction la puissance nécessaire de 17.4% entre la meilleure (aérobarre avec tête baissée et épaules resserrées) et la plus mauvaise (mains sur poignées). Et pourtant il n’est pas si rare de voir un athlète prendre la tête de son groupe avec cette position.

Quant à l’élite qui tourne sans mini barres, la position la plus optimale dans cette configuration lui permettra tout de même de réduire la puissance nécessaire par 13.9% par rapport à la moins optimale. Est-ce assez marginal pour être ignoré?

Un athlète devrait toujours rechercher à être plus efficace afin de conserver un maximum d’énergie pour la course à pied. Lors des derniers  championnats du monde de duathlon à Lisbonne, 6 femmes se sont échappées et se sont partagées le travail. Ci-dessous les positions observées. Dans la plupart des clichés on retrouve la position dans laquelle l’athlète se contente d’avoir les mains sur le bas de guidon mais relève son torse. Seule la Russe a su répliquer au maximum la position du contre la montre…

A méditer… Néanmoins, avant de regarder vos progrès en termes de puissance, assurez-vous que celle-ci soit optimisée grâce à une position adéquate.

2 commentaires
  1. Bon article ! Effectivement on attendait cela depuis longtemps. Interessant egalement de constater que le regard vers le bas (souvent par fatigue), n’est pas si nefaste qu’on entend parfois, tant que le torse et les epaules restent en bonne position. Bien sur avec un casque aero il y a plus a perdre si on regarde vers le bas.

  2. ben…

    moi je pensais que la position triathlete, c’est de s’avancer plus a la verticale des pedales en tenant les prolongateurs autant pour les utiliser comme levier que parce que c’est aéro.

    en position cocottes (ou dans le vide comme on le voit en world tour UCI) difficile de bénéficier de ce levier, non ?