Stephanie Roy se fait Trimer > Déjà la révélation studieuse d’une pro en 70.3 à 21 ans.

Si Stephanie Roy montrait déjà une certaine audace en courant chez les pros à seulement 20 ans, sa récente 2e place entre deux vedettes du circuit 70.3, soit Alicia Kaye et Helle Frederiksen à démontrer qu’elle était déjà sur un bon filon. Entre ses études universitaires, et l’hiver québécois, rien ne semble la décourager. Trimes s’est empressé de l’interroger pour en savoir plus sur le parcours autant inspirant qu’atypique de la membre de l’équipe Sportium/Trek/Bistro B

Ta grande sœur est une triathlète élite en ITU. Tu n’as pourtant pas suivi son cheminement…

Effectivement ma sœur, Karol-Ann Roy est une triathlète élite ITU. Pendant de nombreuses années, j’ai suivi le parcours typique d’une jeune Québécoise en suivant les traces de ma sœur. J’ai donc participé au circuit de la Coupe du Québec élite pendant mes années juniors. Ce circuit provincial nous permettait d’expérimenter des courses avec sillonage. J’ai aussi participé à quelques séries nationales pendant ces années. Je ne peux pas dire que j’ai obtenu d’excellents résultats alors que ma natation était problématique; je n’arrivais jamais à sortir dans le groupe de tête et souvent le groupe de chasse était aussi inaccessible pour moi. J’adorais plutôt le vélo qui était l’une de mes forces et sur ce type de course il était impossible d’utiliser ce talent. Je prenais aussi de plus en plus goût aux entraînements correspondant à la longue distance. Je percevais bien que je manquais de vitesse, mais que j’avais une très bonne endurance. Lorsqu’il est venu temps de faire mon passage de la catégorie junior à senior j’ai dû prendre une décision. J’avais l’option de suivre les traces de ma sœur et de poursuivre sur le circuit élite en sachant que ma natation serait un obstacle ou de tenter ma chance sur de plus longues distances.

En fait, je suis celle qui a commencé le triathlon en premier. Lorsque j’étais au primaire, je participais aux épreuves de cross-country scolaire et je faisais de la compétition de natation. Mon professeur d’éducation physique qui avait toujours rêvé de faire du triathlon a décelé un certain potentiel en moi et a décidé de partir une équipe.

Il avait réussi à piquer mon intérêt et je me suis ainsi inscrite à l’âge de 11 ans dans l’équipe de triathlon de mon école. Ma grande sœur a ensuite décidé qu’elle désirait elle aussi commencer ce sport. Nous nous sommes entraînées ensemble pendant une longue période. Nous avons toujours eu une très belle relation. Nous partageons une passion commune et chacune apprend beaucoup des forces de l’autre.

Comment as-tu fait la connaissance de ton entraineur actuel, soit Pascal Dufresne?

J’ai rencontré Pascal pour la première fois quelques semaines après mon arrivée à Trois-Rivières. Pascal est un entraîneur plutôt discret que je ne connaissais pas. C’est lors de la coupe du Québec de Verdun qu’un individu sachant que je partais étudier à l’UQTR, venant de cette région m’a parlé de cet entraîneur.

Pascal m’a pris sous son aile sans être véritablement mon entraîneur m’offrant son soutien alors que je ne connaissais personne. À ce moment, j’avais pris la décision de demeurer avec mon entraîneur de Montréal puisque c’était beaucoup de changement sur une très courte période de temps.

En m’entraînant à quelques reprises avec son groupe, nous avons développé une bonne relation et mes résultats à l’entraînement s’amélioraient de façon constante. Au mois d’avril, j’ai donc pris la décision de le prendre comme entraîneur, décision qui a énormément contribué à mon succès actuel.

Comment qualifies-tu ta relation avec lui?

Pascal et moi avons une relation basée sur la confiance, l’honnêteté et une communication constante. Ce que j’apprécie énormément de mon entraîneur, c’est entre autres qu’il est constamment à l’affût des nouvelles découvertes.

Il ne possède pas d’idées arrêtées sur une méthode d’entraînement et fait ainsi preuve d’une bonne capacité d’adaptation. Ma confiance envers son travail repose beaucoup sur cet aspect, je sais que ses plans d’entraînement sont non seulement réfléchis, mais qu’ils prennent appui sur des faits et des années d’expérience. L’honnêteté représente une autre force qui est également à la base de notre relation.

Je ne cherche pas à modifier mes données d’entrainement pour lui plaire et de son côté, il n’hésite pas à me dire qu’un tel entrainement était excellent ou qu’au contraire qu’il ne représentait pas ce que je suis capable de réaliser.

De plus, lorsqu’une telle situation se produit, nous sommes en mesure d’analyser les éléments qui auraient pu engendrer cette fatigue.  Selon moi, la force majeure de notre relation est la communication. La communication peut se faire par écrit, par téléphone ou encore de façon directe lors des entrainements. Cette communication nous permet de toujours maximiser les entraînements alors qu’il est constamment au courant de mon niveau de fatigue en lien avec la charge d’entraînement, mais aussi au stress relié aux divers aspects de ma vie comme les études.

En 2016, tu commences à avoir tes premiers résultats significatifs avec des tops 5 chez les pros. Est-ce qu’à partir de là, tu as commencé à croire que tu avais ta place chez les pros.

En 2016, lorsqu’il est venu le temps pour moi de faire mon choix entre poursuivre mon cheminement sur le circuit amateur ou d’immédiatement m’attaquer au monde des professionnels, j’ai énormément hésité.

Je me questionnais beaucoup à savoir s’il était trop prématuré pour moi de faire ce grand pas, je désirais plus que tout d’être à la hauteur. J’ai aussi eu plusieurs personnes qui ont tenté de me dissuader d’aller chez les pros en raison de mon jeune âge.

Suite à ma première année, je peux affirmer que je suis maintenant convaincue que c’était la bonne décision. Ma quatrième position à Timberman où j’ai terminé à tout juste cinq minutes de Miranda Carfrae m’a vraiment permis de croire que j’avais le potentiel de rivaliser avec des triathlètes professionnelles. Chaque course depuis mon arrivée chez les pros me permet de gagner de la confiance et contribue à non seulement me montrer que j’ai ma place, mais à démontrer aux autres que je suis une triathlète sérieuse.

Comment s’est passée ton intersaison?

Suite à première saison pro qui s’était terminée sur une note plutôt positive avec une quatrième et une sixième position chez les pros j’étais motivée et j’avais très hâte de reprendre l’entraînement. Étant encore très jeune, mon entraîneur et moi avions décidé que l’intersaison serait destinée à travailler sur mes faiblesses pour tenter de devenir une triathlète «complète».

J’avais certains éléments que nous avions identifiés comme pouvant éventuellement devenir de grosses limitations pour moi tels que la natation et le manque de puissance. Nous avions aussi convenu que le vélo était une discipline à ne pas négliger. J’ai passé beaucoup de temps dans la piscine et en musculation. Selon moi, le travail effectué pendant cette période a été bénéfique puisque l’amélioration a été considérable. Cependant, il me reste encore bien du travail à faire!

Lors de Puerto Rico, tu finiras seconde et surtout entre deux spécialistes de renommée mondiale, avec Kaye et Frederiksen, est-ce que c’est au-delà de ce que tu t’étais fixé comme objectif?

Oui, définitivement ma performance de Puerto Rico a dépassé mes attentes.

J’avais eu une excellente intersaison et je considérais avoir fait des gains significatifs au niveau des trois disciplines, mais Pascal et moi avions estimé qu’un temps total se rapprochant de 4h22 serait un temps respectable contenu du fait que nous sommes encore très tôt dans la saison et que j’avais très peu roulé à l’extérieur. J’étais très étonnée de mon temps à Puerto Rico, mais j’étais encore plus étonnée de voir que j’étais de taille pour rivaliser avec des spécialistes de la discipline.

C’est assez intimidant de se retrouver sur les lignes de départ avec des athlètes de ce renom lorsque tu commences dans ces distances surtout lorsque tu sais que la plupart de tes compétitrices accumulent plus d’années d’expérience que le nombre d’Ironman 70.3 que tu as faites.

D’ailleurs, doubler Heille Frederiksen dans les derniers kilomètres, soit l’athlète qui a gagné sur la plus grande bourse de l’histoire sur 70.3. Est-ce que tu l’as réalisé sur le moment?

Le parcours de course à pied de Puerto Rico est formé de deux allers-retours nous permettant de bien voir l’écart avec les autres triathlètes. Au tout début de la course, j’étais déjà plutôt surprise d’être au troisième rang.

J’étais confiante pour le 21.1km alors que j’avais de très bonnes jambes et que j’ai une très grande résistance à la chaleur. Lors du premier «turn-around» j’ai pu constater qu’il s’agissait d’Helle Frederiksen en deuxième position.

À ce moment je me suis dit que c’était déjà formidable d’être en troisième position et que dans aucun cas je ne pourrais rattraper cette athlète de grande renommée. C’était ma chance de faire mon premier vrai podium (top 3) chez les pros et que tout ce que j’avais à faire s’était continué de maintenir mon rythme puisque je possédais une bonne avance sur les positions suivantes. Lorsque j’ai effectué mon dernier «turn-around» j’ai constaté que seulement quelques secondes me séparaient d’elle. Arrivée à quelques mètres de cette grande athlète je dois avouer avoir pensé « est-ce que je m’apprête vraiment à dépasser Helle Fredericksen?!». Ma surprise fût définitivement très grande sur le moment et je crois avoir encore de la difficulté à réaliser l’ampleur de ma performance!

Ce résultat parait presque surréel étant donné que tu es toujours étudiante et que tu dois affronter l’hiver du québec, non?

Effectivement, mes études me demandent énormément de temps compte tenu que je suis étudiante en ergothérapie à temps plein à l’université. Étant en deuxième année, il me restera encore 3 ans à faire puisque je dois compléter une maîtrise.

Le système universitaire québécois ne me permet pas d’alléger mes sessions ce qui m’oblige à suivre le processus normal, soit cinq ou six cours par session. Contrairement à plusieurs de mes adversaires, je dois consacrer plusieurs heures en cours. Entre les entraînements, je peux rarement en profiter pour faire une sieste par exemple puisque je dois étudier ou rédiger des travaux.

Étant au Québec je dois aussi affronter les longs mois d’hiver où la neige et le froid peuvent venir non seulement rendre certains entrainements plus difficiles, mais qui viennent éventuellement à avoir un effet sur le mental. Il n’est pas toujours facile de s’habiller chaudement pour une longue sortie de course à -20˚C en sachant pertinemment que plusieurs pros ont la chance de s’entraîner sous le soleil.

J’essaie cependant de rester positive en me disant que les intempéries du Québec ne font que me rendre plus forte en tant qu’athlète alors que ces longues courses au froid travaillent énormément mon mental et que la neige peut entre autres améliorer ma condition physique en rendant la course nettement plus exigeante musculairement.

Avec cet emploi du temps, j’imagine que c’est difficile pour toi de partager tes entrainements…

Avant je m’entraînais quasiment toujours seule. J’ai cependant tiré certains apprentissages de l’année que j’ai passée sans partenaires d’entraînement tels que les entraînements d’intensités sont réalisés de façon bien plus optimale en groupe. Même en étant très motivée, il devient difficile de repousser sans cesse ses limites sans une certaine forme d’entraînement de groupe et de présence de l’entraîneur.

Une des modifications importantes apportées cette année fut de me trouver des partenaires d’entraînement. En ce qui concerne la natation je me suis joint à l’équipe de natation universitaire ce qui m’a permis de faire des gains considérables dans l’eau malgré qu’il me reste beaucoup de travail.

Au niveau du vélo et de la course, nous essayons de nous coordonner afin de nous retrouver en groupe dans ce que nous appelons «le garage», lieu d’entraînement construit par Pascal, afin de créer une ambiance propice au dépassement de soi. Étant quelqu’un de plutôt solitaire, j’apprécie tout de même faire mes longues courses ou certaines sorties de vélo seule.

Mon plan d’entraînement est donc conçu de façon à me permettre de réaliser autant des entraînements de groupe que des entraînements individuels.

J’imagine qu’à 21 ans, en passant ces temps libres à t’entrainer, est-ce que tu te sens différente voire, isolée des autres jeunes?

Je me sens différente des autres alors que peu de gens de mon âge arrivent à comprendre ce qu’implique d’être une triathlète professionnelle. Les grosses différences se situent beaucoup au niveau de ma routine quotidienne.

Peu d’étudiants universitaires seraient prêts à consacrer quasiment tous leurs vendredi, samedi et dimanche soir à la réalisation de leurs travaux et études. C’est cependant ce que je dois faire puisque durant la journée je ne peux pas utiliser les pauses entre les cours pour m’avancer au niveau scolaire puisque je me consacre à l’entraînement.

Les gens associent souvent mon mode de vie, qui diffère de la norme, à des sacrifices comme ne pas avoir de «vie sociale». De mon point de vue, j’ai une très belle vie sociale. Je ne réussis pas à passer autant de temps que les autres jeunes avec mes amis, mais je j’ai la chance de faire la rencontre d’une multitude d’individus par le biais des entraînements ou des compétitions et chacune de ces rencontres est très enrichissante pour moi.

Comment tu expliques ton succès et ta progression?

Mon succès et ma progression résultent selon moi des efforts constants que je mets à l’entraînement, mais également du travail de tout un groupe d’individu. Je considère que pour atteindre un certain niveau de performance, un athlète doit savoir s’entourer d’une équipe complète.

Ma progression est en grande partie due aux multiples entraîneurs qui m’ont entouré qui a favorisé un développement complet. À mes débuts, j’ai eu la chance d’avoir une équipe d’entraîneurs (Académie Ste-Thérèse) dont entre autres Benoit Théroux qui ont mis beaucoup d’effort pour me permettre de développer de bonnes bases et qui a grandement contribué à développer tous les aspects se rattachant au mental. J’ai ensuite rencontré Raymond Paris qui a vu un potentiel en moi et m’a permis d’améliorer de façon considérable mes performances. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai commencé les Ironman 70.3.

Mon succès, je le dois à énormément de personnes dont entre autres ma sœur Karol-Ann Roy qui est sans aucun doute une personne qui a contribué et qui continue à contribué à mon succès, à construire l’athlète que je suis. Elle est une véritable passionnée qui est un modèle de volonté et de détermination.

Au courant des années, elle m’a transmis son éthique de travail irréprochable et elle me soutient constamment. Il est très important de mentionner aussi l’implication de tous les professionnels de la santé que ce soit au niveau de la nutrition, de la physiothérapie, de la massothérapie ou encore des médecins sportifs qui s’assurent de maximiser mon rendement à l’entraînement ce qui est ensuite transposable sur mes performances dans les Ironman 70.3.

Finalement, Pascal Dufresne, mon entraîneur, est un individu qui contribue chaque jour à ma progression et à mon succès. Il est un entraîneur qui s’investit énormément pour ses athlètes malgré sa vie très chargée. Il fait preuve d’une grande capacité d’adaptation que je juge nécessaire pour entraîner une étudiante-athlète dans ma situation.

Est-ce que tu comptes te consacrer à temps plein au triathlon plus tard?

Pour encore quelques années, il est totalement impossible pour moi de penser me consacrer à temps plein au triathlon puisqu’il me reste encore 3 années universitaires à compléter afin d’avoir ma maîtrise en ergothérapie. Je crois qu’il est difficile pour moi pour le moment de prévoir ou en sera ma carrière de triathlète d’ici trois ans, mais je crois que j’arrive plutôt bien à jongler avec toutes les exigences que j’ai présentement et dans un monde idéal je juge que d’avoir un poste à temps partiel après l’obtention de ma maîtrise afin de pouvoir encore me consacrer au triathlon semble une option intéressante qui me permettrait aussi de préserver un équilibre dans ma vie.

Mais trouver cet équilibre doit rester une priorité…

Oui, je crois que j’arrive à maintenir un équilibre dans ma vie. Ma situation d’étudiante-athlète peut dans certains cas être à mon désavantage puisque je ne peux pas consacrer autant de temps à l’entraînement que certaines de mes compétitrices ou encore que je bénéficie de moins de périodes de repos, mais elle me permet tout de même de ne pas centraliser toutes mes journées sur l’entraînement. Je crois aussi pouvoir dire que j’ai atteint un équilibre puisque j’arrive à performer autant au niveau scolaire qu’au niveau athlétique. De plus, je suis en mesure de consacrer certains moments à ma famille et à mes amis au travers de tout ceci.

Est-ce que tu veux rajouter quelque chose?

J’aimerais mettre l’emphase sur le fait qu’un athlète doit être très bien entouré afin de réussir à accomplir des performances remarquables. Sans l’aide de chacun des individus que j’ai croisés sur mon parcours, je doute fortement que je sois de ce calibre aujourd’hui. Chacun y a mis son «grain de sel» et je suis très reconnaissante envers chacun d’entre eux.

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