Des athlètes canadiens privés de WTS? Des nouvelles exigences irréalistes?

Suite au dernier cycle olympique, Triathlon Canada a pris la décision d’appliquer des changements majeurs.

Entre son CEO, directeur technique et même son image graphique, la fédération nationale canadienne rompt totalement avec son passée. Pour le meilleur?

2017 est une année déterminante pour le Canada puisqu’elle devient la première nation à accueillir deux séries mondiales (WTS Edmonton et Montréal), mais aussi le premier Championnat du monde multisport regroupant duathlon, cross triathlon, longue distance, aquathlon…

Si l’on considère que tous ces engagements doivent permettre au triathlon canadien de gagner en visibilité, les gestes vont à contre sens. 

Le Canada fait chemin à part en WTS. Le retour du bâton

Les critères pour obtenir un dossard en série mondiale ont changé. Un athlète canadien doit désormais faire deux podiums en coupe du monde afin d’obtenir son laissé passé pour la série mondiale. Au résultat, un athlète comme Xavier Grenier Talavera qui a pris part à 4 WTS en 2016 et qui a déjà un top 20 dans la musette doit repartir à la case départ.

Pour un athlète qui vient tout juste de fêter ses 22 ans, est-ce vraiment bénéfique pour son développement. D’autres athlètes et récents Olympiens comme Amélie Kretz et Tyler Mislawchuck se retrouvent aussi dans cette situation.

Document référence > politique pour WTS.

Évidemment, l’équipe technique se réserve de jouer la carte discrétionnaire. Pour le moment, aucun Canadien ne serait donc de niveau à être sur la série mondiale. La participation de Matt Sharpe et de Joanna Brown lors de Gold Coast a été possible puisque la fédération voulait repérer la course de Gold Coast pour les Jeux du Commonwealth. 

Ces absences auront aussi un impact sur le classement des athlètes canadiens sur leur classement.

Mais dans quel but?

Triathlon Canada avait déjà des critères à respecter afin de permettre à des athlètes de prendre le départ de courses sur les circuits mondiaux. On revient toujours à ce fameux débat où l’athlète ne doit pas courir dans l’espoir d’intégrer l’élite mondiale, mais bien pour gagner. 

Maintenant, les exigences semblent tellement hautes qu’elles pourraient rapidement décourager ces athlètes. De plus, la fédération nationale ne profite plus des mêmes moyens puisque le programme gouvernemental À Nous le Podium (OTP) ne souhaite plus investir dans le sport triple.

Over-reaction?

C’est un sentiment qui nous a longtemps été partagé, le triathlon canadien se doit de changer de culture, nos athlètes seraient trop protégés et manqueraient de transparence. S’il y avait probablement une situation à corriger, la réaction semble déjà trop forte.

Les critères des Jeux pour les Commonwealth, on a perdu la raison?

Aujourd’hui, Triathlon Canada a publié ses critères pour la sélection des Jeux du Commonwealth. Par expérience, c’est la première fois que l’on voit des critères aussi atypiques.

La direction a décidé que le premier critère était discrétionnaire, un athlète sera choisi et il est le seul à être garanti d’avoir son transport financé pour les Jeux du Commonwealth.

Si l’on pensait que les autres critères seraient axés sur des performances en WTS, c’est tout le contraire. Un athlète devra faire un Top 5 à la Grande Finale de Rotterdam. Compte tenu de l’absence prolongée des Canadiens en WTS, rares sont ceux qui pourront tenter leur chance et ce critère semble tout simplement irréaliste.

De plus, les cinq premières places lors de la Grande Finale pourraient être trustées par des athlètes n’appartenant pas au Commonwealth avec les Espagnols, français, etc… Donc, on pourrait refuser une sélection automatique à un Canadien qui pourrait être le meilleur athlète du jour du Commonwealth. Un non-sens.

Le Canadien et la Canadienne se classant au meilleur rang du top-5 lors de la Grande Finale de la Série mondiale de triathlon ITU 2017 (Rotterdam, Pays-Bas, du 14 au 17 septembre 2017).

Le troisième critère est encore plus étonnant puisqu’il est en fonction d’un résultat sur le relais. Avec des distances raccourcies et l’influence des dynamiques, 

jusqu’à deux (2) athlètes répondant aux critères suivants: i. Résultat parmi le top-5 général au Championnat du monde de relais par équipe mixte 2017 de l’ITU; ii. Terminer dans les 5 % du temps le plus rapide de l’étape; iii. Terminer dans les 5% du temps global le plus rapide de chaque discipline (natation, T1, vélo, T2 et course à pied) du temps le plus rapide de leur étape du relais leur relais.

Le quatrième critère est alors sur les championnats canadiens et donc dans une course nettement moins sélective. 

Jusqu’à un (1) athlète répondant aux critères suivants: i. Le Canadien ou la Canadienne se classant au meilleur rang du top-3 à la Coupe américaine premium de triathlon sprint CAMTRI 2017 de l’ITU d’Ottawa (Ottawa (Ontario), 17 et 18 juin 2017) ii. Terminer dans les 2% du temps global le plus rapide de la qualification; iii. Terminer dans le 1% du temps global le plus rapide de chaque discipline (natation, T1, vélo, T2 et course à pied) du temps le plus rapide de leur vague de qualification.

Maintenant, Triathlon Canada s’offre aussi la possibilité de choisir deux autres athlètes (total de 3). Cela signifie en quelque sorte que les résultats en WTS seront pris en considération qu’à ce niveau et encore. 

L’aspect qui fache… une sélection à tes frais?

Quel effet?

Difficile de connaitre les conséquences. Il est difficile de croire que les athlètes canadiens seront privés des séries mondiales canadiennes (Edmonton & Montréal). D’ailleurs, pour participer à la Grande Finale 2017, la direction technique impose à leurs athlètes de participer à toutes les courses canadiennes ITU soit Ottawa, Edmonton et Montréal.  

Quelle est la réaction des athlètes face à ces changements? Les règles sont les règles mais sachant qu’aucune fédération n’applique des règles aussi sélectives, on y perd l’aspect rationnel et juste. Il est déjà fort à parier que la direction technique devra continuellement jouer la carte du discrétionnaire.

Tout semble encourager pour que les athlètes décident de ne plus partir à l’étranger pour courir durant la saison estivale. Dans notre cas, si cela pouvait être bénéfique pour le développement de certains athlètes en écourtant leur saison, les occasions d’affronter des plateaux plus compétitifs se feront moins nombreuses.

Mais l’autre problématique, ces absences prolongées auront un impact sur l’intérêt des Canadiens pour la série mondiale. Tout cela est ironique lorsque l’on organise deux WTS sur ses terres…

À suivre.  

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