Kona 2017 > Antonio Martinez et Olivier Poulain se font Trimer

Ce sont souvent les pros qui sont mis en avant sur l’ironman d’Hawaï. Pourtant, ils y sont moins d’une centaine contre quelques 2300 amateurs qui n’ont en rien à pâlir en terme de parcours sportif étonnant et détonnant. Aujourd’hui, ce sont deux exemples de ces triathlètes anonymes, Antonio et Olivier, qui nous racontent leur cheminement personnel jusqu’à Hawaï 2017…

Qui êtes-vous ? Depuis combien de temps vous faites du tri, ou un autre sport, de quel club êtes-vous ?

Olivier Poulain, 50 ans, marié, 4 enfants et je travaille dans les télécoms. J’habite dans un petit village en Belledonne – une des massifs montagneux autour de Grenoble. J’ai fait du moto-cross et du funboard lorsque j’étais ado puis pause pour raison des études/boulot à l’étranger à part un peu de VTT et Course-À-Pied (CAP) mais en loisir. En arrivant sur Grenoble en 2000, je me suis remis au sport plus régulièrement et à la compétition, au début skating, puis ski-alpinisme et enfin triathlon. J’ai fait des compétitions en skating avec le SNBC (Transju, La Foulée Blanche, etc,..) et en ski-alpinisme avec le CAF DSA (Pierra Menta, PDG, et courses locales) – cela m’a redonné la caisse et de l’endurance. J’ai eu le déclic pour le triathlon en regardant une vidéo de la finale du Xterra à Maui en 2008 ou 2009 je pense.  Et là, je me suis dis, je veux faire cela ! En plus, c’était en VTT et j’aimais bien le contexte « off road ». Du coup, il m’a fallu apprendre à nager le crawl…inscription au NCAPL (club de natation à Grenoble) en parallèle du GUC Triathlon pour essayer de progresser plus vite…puis après cette focalisation sur le Cross Triathlon et une qualif en 2012 pour la finale à Maui, j’ai aussi tenté le triathlon sur route plutôt axé sur le long avec quelque part dans ma tête l’objectif de venir à Kona. J’ai commencé par les halfs et une qualification à la finale en 2012 des IM 70.3. puis IM Nice, Embrunman, Norseman, Inferno en Suisse,..

Antonio : Antonio Martinez 52 ans, sur Grenoble depuis 2008 après 20 ans en région parisienne. J’ai 2 grands enfants et un boulot qui génère pas mal de déplacements lointains. Depuis que je suis à Grenoble je fais du ski de fond l’hiver et j’ai essayé le ski de rando. Je fais du tri depuis 1994, suite à une rencontre avec un copain. Vu que je n’étais pas très rapide, j’ai tout de suite préféré le long et fait le LD de Val de Reuil (4/120/30) fin 95.

Était-ce-votre première tentative de qualif’ à Hawaï ? Où vous êtes-vous qualifiés cette année ? Facilement ou pas ?

Oliver : Non, c’était ma troisième tentative après Nice en 2012 et Francfort en 2013. A Lanzarote en 2017, j’ai changé de Groupe d’Âge (GA). Le marathon  a été difficile car il a fait chaud avec peu de vent. Avec 4 slots pour Hawaï dans mon GA et terminant 7ème, j’ai eu un peu de chance avec le roll down. Sur Kona, j’étais un « rookie » et j’ai noté qu’il y avait de nombreux « récidivistes » sur cette course…

Antonio : J’ai commencé les IM en novembre 1999 avec celui de la Floride à Panama City, où je rate la qualif pour 3′, mais je n’y allais pas pour ça. Je retente donc à Zurich en 2000, là pour essayer de rejoindre les copains d’Etampes Triathlon qui s’étaient qualifiés en Floride. Et ça marche plutôt bien : 70ème en 9h30. Puis ce sera une tentative par an pour essayer de passer une partie du mois d’octobre à Kona. Je n’ai pas compté, mais je dois être aux alentours de 30 IM. Cette année, j’ai encore tenté la qualif à Francfort (c’était la 6ème), cette course est assez « facile » pour moi, elle passe vite et les 3 parcours me conviennent. Je finis 2ème de ma caté en 9h28, sous la houlette de Nicolas Hemet le magicien du Tri longue distance, celui qui fait courir les triathlètes plus vite à 50 ans qu’à 40.

Est-ce de plus en plus facile, ou au contraire de plus en plus dur, de se qualifier ?

Olivier : Non applicable pour moi, mais Antonio peut en parler

Antonio : Depuis 2000, il y a de plus en plus d’inscrits et une plus grosse densité sur les 200/300 premiers. Donc potentiellement plus dur qu’avant. Cependant, il y a aussi plus de roll down, sans doute le coût et c’est bien dommage qu’il y ait cette sélection par l’argent car tous les meilleurs n’y sont pas.

Un truc à donner à ceux qui souhaiteraient se qualifier pour Hawaï ?

Olivier : Bien choisir sa course de qualif et y croire jusqu’au bout – jusqu’au dernier mètre du marathon.

Antonio : Ne pas y aller pour se qualifier, se préparer pour être le plus fort possible et tout donner pendant la course.

Quelle logistique pour Kona ? (en solo, en groupe avec les supporters? combien de temps sur place ? facile de trouver un logement ?)

Tous les deux : Nous étions avec nos compagnes dans un AirBnb au country club villa près du Golf au bout d’Ali’i Drive. Arrivés 9 jours avant pour s’acclimater, puis le reste de la semaine suivante à Maui pour se promener.

Qu’est ce que vous avez super aimé à Big Island ?

Olivier: La diversité des paysages – être vraiment déconnecté (12h de décalage, loin de tout) – l’ambiance durant la course – juste être là après l’avoir regardé plusieurs fois à la télé – cela parait un peu irréel.

Antonio : Je me sens vraiment chez moi là-bas 🙂 Retrouver les copains qu’on ne voit que là-bas et rediscuter ensemble comme si on s’était quitté la semaine d’avant.

Pas même un seul aspect négatif ?

Olivier : Seul bémol – faire bien attention durant les recos en vélo les jours avant.

Antonio : Le drafting durant la course est un point difficile à gérer et il oblige à courir différemment, faire un effort sur les 1ers 30 km pour essayer de ne pas être « pris » dans les éventuels paquets. Ah si j’oubliais, il fait vraiment trop froid dans les supermarchés.

Quel est le meilleur moment en course ?

Olivier : Pour moi, l’approche de Kona sur le retour de la CAP… Là, tu sais que tu vas vraiment finir, qu’il te reste ces qq kilomètres à faire, tu as presque envie que cela dure un peu plus…

Antonio : Le moment du départ dans l’eau, où je prend le temps de regarder autour de moi, le public, la montagne, le clocher… Et puis bien sûr la dernière ligne droite sur Ali’i Drive, là où les jambes vont mieux comme par miracle et de croiser le regard du public qu’on sent aussi heureux que nous. MAGIQUE!

Quel est celui où il faut s’accrocher le plus?

Olivier : La partie CAP lorsque tu pars de Kona vers Energy Lab et que tu sais que tu vas être en plein soleil pour un moment, un peu plus seul,…sur ces grandes routes et pour un moment.

Antonio : Sur le retour à vélo cette année avec le vent de face, il fallait rester concentré pour ne pas lâcher et ne pas réfléchir pour continuer à essayer de garder les watts prévus. Le départ à pied a été pénible pour moi, mais il n’y avait pas d’options donc encore une fois, on avance même si c’est dur.

Le chrono semble indiquer que vous finissez ensemble, le hasard ?

Olivier : Antonio est bien meilleur que moi en natation et en vélo sur ce type de parcours, mais en CAP je me débrouille pas mal. Nous savions que normalement, il prendrait de l’avance et qu’en fonction de sa CAP et de la mienne, il se pouvait que je revienne un peu sur lui. C’est ce qui s’est passé puis il a un peu freiné sur les derniers kilomètres lorsque moi même j’ai coincé pour m’attendre et que nous puissions courir ensemble sur le dernier kilomètre. Très sympa ce geste de partage ! Puis il m’a poussé en avant pour la ligne…pour que je puisse faire un coucou à mes enfants qui étaient en face de leur écran.

Antonio : Avec Nicolas Hemet on avait une stratégie et des consignes qu’on essaye d’appliquer pendant la course, elle a tenu jusqu’à la fin du vélo. Des douleurs au pied gauche et à la hanche m’ont handicapé sur le marathon. A chaque demi tour je voyais qu’Olivier se rapprochait et dans la descente de Palani nos compagnes m’annoncent à 3′ devant. On n’a pas passé une semaine ensemble et fait 15000km pour finir à 3′. C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotions qu’on a couru ensemble sur Ali’i Drive et franchis cette super ligne d’arrivée.

Vous remettez le couvert pour l’année prochaine ?

Olivier : Pour moi, pas tout de suite – j’ai prévu de faire l’AlpsMan – un autre programme… mais j’aime bien varier et cela fait suite au Norseman que j’ai fait l’année dernière. Mais je pense retenter dans 5 ou 10 ans et peut-être avec un de mes enfants si possible, cela serait cool, et Antonio sera encore là sans aucun doute avec encore plus d’expérience et bons conseils à partager.

Antonio : A votre avis ? 😉

 

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