JF Perron: du sofa à Kona

En avril 2006, Jean-Francois Perron ne fait plus aucun sport depuis plus ou moins 20 ans. La balance oscille à plus de 250 livres. Deux ans plus tard, un soir d’avril, le déclic se fait. Trente mois plus tard, il flotte dans l’océan Pacifique près du quai de Kailua. Il attend le fameux coup de canon qui lance le Championnat du Monde distance Ironman à Kona, Hawaii. Voici le portrait d’un triathlète qui a mis peu de temps pour aller vite!       

Ironman Hawaii 9 octobre 2010
Ironman Hawaii 9 octobre 2010. Photo: Jeff Perron

 

1. Il y a trois ans, tu es « out of shape ». Plus de 250 livres: Quel est l’élément déclencheur? Je savais que j’étais vraiment dans une condition physique pitoyable comparé à ce que j’avais déja été. Un soir d’avril 2008, j’ai décidé que c’était assez. Entre 2 verres de vin(!), j’ai sorti ma carte de crédit et je me suis inscrit à 3 triathlons: Mont-Habitant, Ste-Agathe et Montréal. Disons que le premier a été une épreuve, surtout rendu à la course! J’ai recommencé à m’ entrainer cet été-là et, rendu au Triathlon distance olympique de Montréal, je m’étais beaucoup amélioré dans les 3 disciplines.   


2. Quel est ton « background » de sportif?
J’ai nagé en compétition dès l’âge de 9 ans et ce durant plusieurs années. J’ai aussi fait de la course de vélo durant 5 ans, mais je n’avais pour ainsi dire jamais fait de course à pieds.       

3. Quand as-tu commencé le tri? J’ai fait 2 triathlons à l’ âge de 15 ans, Mont Habitant et Montréal suivis d’ une petite pause de 20 ans!       

4. Parle-moi de ta qualification à Cozumel (1ère expérience sur la distance Ironman)? J’ai commencé à être coaché par Charles Perreault, à partir de mai 2009, en préparation pour Cozumel. J’ai fait seulement 3 triathlons distance demi auparavant. Je crois que je n’aurais pas pu mieux performer compte tenu du court délais et du peu d’expérience que j’avais. Un gros « high five » à mon coach pour ça! La course s’est bien déroulée du début jusqu’à la fin. 6ième de mon groupe d’âge après la natation, 3ième après le vélo et 36ième au final en 9h53. Je me suis donc qualifiié pour Kona. Je ne pouvais demander plus à mon premier Ironman! Je vais me souvenir toute ma vie des 2 derniers kilomètres du marathon, ils valent toutes les heures d’entrainement…       

5. Comment expliques-tu ta progression fulgurante? Mon passé de nageur et de cycliste est revenu très vite au fil des entrainements. À la course, je suis parti de -1/10 alors toute amélioration est notable!        

6. Travailles-tu avec un coach? Heureusement oui, je travaille avec Charles Perreault.        

7. Tu es très actif sur le forum de slowtwich: C’est une bonne ressource tu penses? Il faut en prendre et en laisser (sûrement plus en laisser!), mais j’aime beaucoup lire les « races reports », je crois que ça peut aider à éviter certaines erreurs durant les courses.       

Lava field
Lava field. Photo: Jeff Perron

 

8. Père de trois enfants, comment t’arranges-tu pour ton training, quel genre d’horaire d’entrainement fais-tu? Nous avons trois enfants, 19 mois, 7 et 10 ans (les 2 grands font du tri aussi et du vélo de montagne), alors il faut de la logistique pour réussir à tout faire! Il n’y a pas beaucoup de fin de semaine sans course durant la saison. J’ai récemment eu l’occasion de réorganiser ma vie professionnelle pour avoir un horaire plus flexible et combiner enfants/travail/entrainement/conjointe…Ma conjointe s’est mise au triathlon aussi (elle a fait la distance sprint du Triathlon Esprit de Montréal cet été) et elle comprend maintenant la frustration de rater un workout!  
9. The Big Day : Comment s’est passé ta course (Résumé de course).        

JF Perron Kona 2010       

Voilà, je suis rendu à Kona, sur le pier en train de faire les derniers préparatifs d’avant course comme tous les autres participants. 6:30, départ des pros et, quelques instants plus tard, il est déjà temps de se mettre en rang pour entrer dans l’ eau, processus qui est assez long. L’ énergie et la tension est palpable. À 2 ou 3 minutes du coup de canon, on pourrait penser que la course est déjà commencée tellement il y a de personnes qui veulent être les premiers sur la ligne de départ. Je suis positionné en 2ième ligne et je prends les moyens qu’il faut pour y rester. Boom! c’est parti. Disons que je ne m’attendais pas à ça! Habituellement, la natation n’ est pas un gros problème pour moi (c’est plutôt la course à pieds qui est moins drôle!), mais je me rends vite compte qu’il y a de très bons nageurs ici. Jusqu’au turn around, j’ai dépassé beaucoup de gens mais par la suite, c’est devenu plus difficile. J’ ai décidé de faire la deuxième moitié dans les pieds de quelqu’un qui nageait à mon rythme et de prendre ça relaxe: 58:42 environ ce que j’avais anticipé, 158ième overall et 16ième dans ma catégorie.       

T1 ordinaire, même lente, et go en vélo. Les jambes répondent tout de suite et le rythme est rapide durant les 10 premiers kilomètres. Impossible de faire autrement, avec la foule en délire! Rendu sur Queen K, les choses se calment et la vrai course commence. Je me sens bien et je commence à boire et à manger tout en gardant une bonne vitesse. Je dépasse beaucoup de monde et tout va bien. À environ 15km de Hawi (turn around), je roulais trop près de la personne devant moi et j’ai reçu une pénalité de drafting. La honte! Méritée, mais non-voulue!!! Le prochain cachot se trouvant à Hawi, je peux vous assurer que la montée s’est faite à un rythme ¨très élevé¨ histoire de prendre un peu d’avance avant mon repos forcé de 4 minutes. Après avoir passé les plus longues 4 minutes de ma vie à regarder passer environ 30-35 personnes, je repars pour la descente avec vent de travers impressionnant. Le reste du 180km s’est bien déroulé malgré la pénalité qui a un peu brisé mon rythme. 4:55:27, 99ième overall, 16ième dans ma catégorie.       

T2 aussi ordinaire que T1. Mes jambes sont là aussitôt que je commence à courir, mais ça n’a pas durée très longtemps. La chaleur a fait son effet et, très vite, j’ai commencé à surchauffer comme jamais! Tout le marathon a été un combat pour faire baisser ma température, hydratation, glace +++, électrolyte, etc. Chaque côte et même les faux plats montants ont été très pénibles. Sur le plat ça allait quand même assez bien. À force de mettre de l’eau et du sodium dans le radiateur, je me sentais de mieux en mieux et les derniers 10km se sont très bien passés. 3:49:13, 353ième overall et 71ième de ma catégorie. Je me suis fait dépasser par 354 personnes durant le marathon. Ouch! Le dernier virage qui mène sur Alii Drive est incroyable, la foule, le bruit, Mike Riley, tout est plus grand que nature!       

10. Quels sont tes objectifs pour la prochaine saison? Ma saison n’est pas encore terminée, je fais IM Cozumel fin novembre. L’objectif est de se qualifier encore pour Kona. J’aimerais commencer la saison 2011 à environ 180 lbs. Je fais actuellement environ 190 et c’est beaucoup trop lourd pour espérer atteindre les temps de course que je vise, ça va être le gros défi de l’hiver! Le championnat du monde 70.3 qui est à Las Vegas l’an prochain m’intéresse beaucoup. En plus, la course est en même temps qu’ Interbike où je vais déjà pour mon travail, alors une pierre 2 coups!       

Jean-Francois Perron
Jean-Francois Perron. Photo: Jeff Perron

 

11. Remerciement : Je tiens à remercier Charles Perreault, mon coach, qui est devenu un ami, sans qui je n aurais pas mis les pieds à Hawaii cette année! En plus des trainings qu’ il me faits, il doit endurer les tonnes de e-mails non-essentiels que je lui envoie…Merci Coach!  Je tiens à remercier également Jacqueline Gareau qui me remet sur pieds dans un temps record après les courses et les longs trainings.       

12. En terminant, quel est le meilleur conseil que tu donnerais à quelqu’un qui commence et qui souhaite répéter ton exploit? Je crois vraiment que quelqu’ un qui, comme moi, n’avait pas de connaissances/expériences de course, devrait avoir un coach pour éviter les erreurs durant l’entrainement. Dans mon cas, je crois que j aurais tendance à en faire beaucoup trop et cela nuirait à mes performances.

4 commentaires
  1. Très inspirant comme histoire. Je ne suis malheureusement pas encore à ce niveau mais je dois dire qu’en 2007, je faisais osciller la balance à 290lbs. et qu’au début 2010, j’avais une peur bleue de l’eau en plus de ne pas savoir nager.

    Résultat : j’ai 2 triathlon sprint de complétés cette année. Objectif pour 2011, faire toute la saison sprint et peut-être 1 ou 2 olympique et qui sait… peut-être qu’un jour je viserai des longues distances.

    Félicitations à ce monsieur pour son courage, sa ténacité et bien évidemment ses performances. Un bel exemple à suivre.