La chronique de Xa’ > Embrunman 2015, « spectateur de l’intérieur… »

Ce quinze août, j’ai rendez-vous à 7h45 devant le bar du « Boulevard » avec mes potes Tonio et Dolu. En effet, chaque quinze août, c’est « tapis rouge » pour faire une sortie longue de vélo avec la route protégée à chaque carrefour et sans une voiture à l’horizon ou presque, le rêve de tout cycliste quoi!

L’horaire n’est pas choisi par hasard, si nos calculs sont bons, les 1ers de l’Embrunman devraient commencer à nous doubler dans les 1ere rampes de l’Izoard…

Au moment de partir d’Embrun, je sais que pour l’instant, c’est Robin Pasteur qui mène la course chez les garçons et Charlotte Morel chez les filles…

Je comprends vite que cette édition va être difficile pour les concurrents. Je suis habillé en long de la tête aux pieds, j’ai même mis des gants et pourtant, je n’ai pas bien chaud en remontant avec mes potes la vallée du Guil qui doit nous emmener vers le Pied de l’Izoard. C’est le paradis, la route est déserte…

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Notre calcul été le bon : pile-poil au pied de la bête, le 1er nous dépasse, que dis je, nous enrhume littéralement… Ce n’est plus Robin, mais Andrej Vistica. Sans un bruit, ce gabarit de poche nous dépose, cul sur selle, il a l’air d’être facile… Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces téméraires qui, avant lui, ont osé attaquer Marcel Zamora trop tôt pour exploser ensuite… Andrej fera tout devant sans jamais se retourner et remportera son 1er Embrunman avec la manière dans un chrono supersonique au vu des conditions… Je ne le reverrais qu’à l’arrivée, étonnamment frais.

Nous montons un bon moment, puis, juste avant  Arvieux, le traditionnel « groupe Zamora » passe, à vue de nez, avec au moins 3 minutes de retard. James Cunama et Hervé Banti ont sont, ainsi que Marek Jaskola et, un peu décroché, Per Bittner qui n’est déjà plus au mieux… Je les regarde s’éloigner, mais l’allure de Marcel n’est pas bien terrible… Juste avant Brunissard, un boulet de canon revient sur moi : Victor Del Coral semble bien décidé à vite revenir sur le groupe Zamora et il met les watts pour… Pour moi, le plus impressionnant sur cette montée, surtout que Brunissard est la partie la plus dure du col…

Nous sommes un peu avant la mi-course, mais les écarts sont déjà énormes, sans monter très vite, je vais basculer et entamer la descente « en 9e position » à quelques encablures de Guillaume Jeannin, qui, s’il monte bien, me semble déjà à l’ouvrage dans la partie finale du col. Cinq degrés au sommet, une pluie fine… On gèle littéralement. Cette partie est à la fois délicate et dangereuse, car il faut réussir en plus à s’alimenter. La plupart des triathlètes que j’ai vus ne sont pas vraiment bien couverts et je sais que lorsque vous avez nagé 4 km en natation, ce n’est pas simple de se réchauffer.

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À Briançon, je m’arrête une vingtaine de minutes pour voir passer une trentaine de concurrents, dont les 1res filles Emma Pooley, et Jeanne Collonge. Charlotte ne passera pas, l’Izoard, ou plus vraisemblablement son GP de l’avant veille, l’a vaincu…

Je n’en ai vu qu’une grosse trentaine, les meilleurs, mais tous ont le visage crispé par l’effort et le froid. Je sais que c’est souvent lors du retour depuis Briançon que les 1ere grosses défaillances arrivent…

À ce moment-là, j’ai une pensée pour les 1200 autres, ceux qui sont un peu moins forts, ou un peu moins entrainés… Accrochez-vous les amis, c’est à l’Izoard que l’épreuve débute vraiment…

En passant directement par la route nationale, avec mes potes, nous « grappillons » une bonne vingtaine de minutes tout en économisant nos mollets déjà bien fatigués… (Les Vigneaux et Champcella, ça fait mal…) Il fait environ 10 degrés, il pleut assez abondamment maintenant, mais le vent de face est un peu moins fort que d’habitude. Au niveau de Saint Clément, soit à environ 25 kilomètres de l’arrivée, nous reprenons le parcours en même temps que Fabien Guerineau aux environs de la 20e place. Je suis impressionné par la capacité de Fabien a « emmener » autant de braquet comme ça au bout de 170 km. Mon côté « rabat-joie » me fait dire qu’il se trompe, qu’il va surement « exploser » en cap… J’ai tort, Fabien terminera 11e avec un marathon en 3h10… Quand vous êtes forts, vous êtes fort… Chapeau !

Un peu avant d’arriver sur Embrun, j’entends des motos. C’est Emma Pooley qui revient sur nous. Tout est fluide, et ça avance très vite, je sais qu’elle va gagner, cela ne fait aucun doute…

Pas de Chalvet pour moi aujourd’hui, j’ai ai bien assez… Je stoppe mon compteur en arrivant à la maison. J’ai fait 125 km, je suis trempé jusqu’aux os et bien entamé physiquement… Je me jette donc sous une douche chaude réparatrice et dévore le repas gentiment préparé par ma mère. Il est 13h30, et j’oublie quelques minutes la course : celle des 1er mais aussi des autres, ceux qui, à cette heure, sont encore du côté de Briançon, L’Argentière ou Saint clément sous des trombes d’eau… Un marathon les attend…

Celui-ci sera plus clément, la pluie cesse peu à peu et il fait doux, mais pas chaud, des conditions enfin idéales pour courir… Mais lorsque vous êtes en souffrance depuis des heures, j’imagine que cela ne vous importe guère…

Chaque année, lorsqu’arrive cette partie de l’Embruman, c’est amusant, mais mon intérêt pour la course à la victoire diminue. Cette course est la seule où, à chaque fois que je vois passer un concurrent devant moi, quel que soit son classement, qu’il soit dans son 1er ou son 2e tour, j’éprouve la même admiration. C’est sur le marathon que l’on peut vraiment « voir » les gens, à nu, au coeur de leur effort et de leur souffrance. Personnellement, c’est un truc qui me touche au plus profond de moi, je ne saurais expliquer pourquoi, c’est comme ça…

Cette course est hors norme, c’est une odyssée, elle a cette dimension mystique et il ne peut y avoir que des vainqueurs… ou des vaincus…

Pourtant, de la bagarre, il va y en avoir, et presque la même chez les filles et les garçons pour le 1er accessit.

Pour la victoire, Emma et Andrej étaient intouchables hier, mais James Cunama et Victor Del Corral vont lutter jusqu’au bout pour monter sur la deuxième marche du podium. L’espagnol va prendre la 2e place pour 50 malheureuses secondes au « Sud Aff » au bout de 10 heures d’effort…

Un peu plus tard, Jeanne parviendra à garder sa médaille d’argent de haute lutte pour… 30 secondes sur Linda Guinoiseau… Incroyable… Et je ne veux pas oublier Stéphanie Reymond que je verrais passer derrière la piscine, juste avant d’en conclure de sa journée, à un peu plus de trois minutes de Jeanne pour finir au pied du podium, mais avec un sourire déçu certes… mais qui en dit long sur le fairplay de la Stéphanoise. Ce sourire là vaut toutes les médailles d’or pour moi Stéphanie alors Bravo!

Voilà, Embrun 2015, s’est fini, ils ont été un peu plus de 1000 à gagner hier. De Andrej en 9h45 à Geneviève Barnet, en presque 18 heures d’effort… Vous êtes incroyables, merci!

Credit photo: Rémi Morel et société « Air libre »

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